Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LE CHEMIN DE FER SAINTE-MENEHOULD – VERDUN DANS LA GRANDE GUERRE

mercredi 22 janvier 2003, par Roger Berdold


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---------Grâce au Capitaine Maurice AUDOIN, du Génie, nous vous présentons aujourd’hui une note d’un intérêt historique remarquable.
---------Nous savons que le ravitaillement de Verdun, en 1916, a été assuré par le trafic ininterrompu du « Meusien » d’une part et des camions sur la « Voie Sacrée » d’autre part. mais l’on ignore, en général, que la voie ferrée unique de Sainte-Ménehould à Verdun, coupée le 20 février 1916, a été rétablie dans des conditions extraordinaires et a pu être utilisée chaque nuit.
---------Ajoutons encore une précision peu connue : la voie ferrée de la Compagnie des Chemins de Fer de l’Est, reliant Châlons à Verdun par Sainte-Ménehould, a été construite peu avant la guerre de 1870, par l’ingénieur en chef Léon REGRAY. Le Ministère de la Guerre imposa à la compagnie de réaliser cette ligne avec un minimum d’ouvrages et de tunnels. De ces obligations résulta un tracé extravagant, très sinueux , à pentes « limite » et en particulier une section nord-sud à peu près rectiligne à Aubréville. Aussi, les artilleurs des batteries allemandes la prenaient-elles en enfilade. Ainsi, la précaution voulue par le Ministère de la Guerre (en 1870 on a craint que les tunnels ne sautent) a-t-elle facilité à l’ennemi la destruction de la ligne stratégique dans la guerre suivante. Voici le récit du capitaine Maurice AUDOIN :
---------« Depuis la perte de Saint-Mihiel, une seule ligne de chemin de fer à voie normale, venant de Sainte-Ménehould, desservait la région fortifiée de Verdun. Dès le 20 février 1916, elle fut soumise à un furieux bombardement à obus de 210, qui la bouleversa de fond en comble : les dégâts furent graves à Clermont-en-Argonne ainsi qu’à Dombasle ; mais dans une tranchée du sud-nord, sous les vues directes des Allemands, en particulier en gare d’Aubréville, la voie principale était tellement saccagée qu’il ne put être question de la rétablir. Ce fut une voie de garage qui servit de dérivation.
---------La 22ème Compagnie de Sapeurs de Chemins de Fer (5ème Génie), commandée par le capitaine Maurice AUBOIN, fut chargée de la remise en état et du maintien de l’exploitation.
---------Profitant d’accalmies de tir survenant à partir du 29 février, les sapeurs, travaillant nuit et jour, parvinrent à rétablir, dès le 4 ou 5 mars, la continuité du rail.
Il évacuèrent alors, en trois nuits, toute l’Artillerie Lourde sur Voies Ferrées (A.L.V.F.) accumulée à Verdun (un train de 305, un de 240, un de 200 et un de 155), puis le matériel du réseau de l’Est qui s’y trouvait bloqué : 700 à 800 wagons et une trentaine de locomotives, dont deux 5.000, pesant l’une et l’autre presque 100 tonnes. Et celà sans incident, malgré le bombardement. Toutefois, des deux 5.000 gardées pour la fin, la seconde s’ensabla dans un trou d’obus de la tranchée sud-nord, à côté d’une machine plus légère déraillée la première nuit.
---------Les sapeurs, sans se décourager, entreprennent de relever ces deux machines, s’y employant deux nuits consécutives, dans une complète obscurité, par un froid intense, sous la neige. Après les avoir renvoyées sur Sainte-Ménehould, les 11 et 12 mars, ils les remplacent par des maquettes en bois et bâches, reconstituant pour l’ennemi l’aspect des lieux. L’une de ces maquettes est mobile, afin de permettre la circulation des trains.
---------L’exploitation est aussitôt reprise (nuit du 13 au 14 mars). Une exploitation précaire, ne se faisant que de nuit, sans éclairage, à la vitesse du pas dans la zone dangereuse. La voie est, en effet, coupée quotidiennement aux dernières heures du jour, en un ou plusieurs points. Il faut réparer immédiatement. Néanmoins, chaque nuit, passent, en direction de Verdun, trois, quatre ou cinq trains, transportant des approvisionnements de toutes sortes, plus rarement des troupes, et, dans l’autre sens, le matériel en retour. Dans chaque secteur dangereux, un sapeur à pied précède la locomotive. Ce fut une contribution non négligeable à la défense.
---------Car le trafic repris non sans hésitations et porté, comme on dit, à trois ou quatre trains par nuit, ne fut interrompu qu’une seule fois : le 21 juin, le bombardement ayant été long et très violent, un obus de 210 tomba en outre sur un groupe d’une cinquantaine de sapeurs occupés à la réparation. A cette époque d’ailleurs, les maquettes furent détruites par le tir allemand.
---------La mission de la 22ème Compagnie de S.C.F. se prolongea ainsi jusqu’en septembre. Mais déjà, le 22 mars, ses efforts avaient été récompensés par une citation à l’ordre de l’Armée décernée, sous la signature du Général JOFFRE, au Capitaine AUDOIN et à toute son unité. »


Extrait de l’Almanach du Combattant – 1973



---------Au rétablissement de cette voie, il faut ajouter la création d’une ligne nouvelle à voie normale passant par Laheycourt, Lisle-en-Barrois, Vaubécourt, Fleury-sur-Aire, ainsi qu’une voie du 0,60 m de large par Clermont, Auzéville, Brocourt et Blencourt.
---------Ces installations facilitèrent les contre-offensives françaises et soulagèrent la Voie-Sacrée, qui, à elle seule, permit la résistance en février mars et avril 1916.

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