Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

SAINTE COHIERE NE PRIERA PAS POUR VOUS

dimanche 20 avril 2003, par François Duboisy


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---------Le calendrier comporte autant de Saints que de jours dans l’année. Cela n’épuise pas toutes les ressources de l’église catholique. Il suffit de compulser les calendriers des postes des premières années pour voir que bien des Saints de l’époque ont laissé place à des prénoms plus à la mode. Mais cherchez parmi les Saints à la mode ou démodés, vous ne trouverez pas de Sainte Cohière. Pourtant, notre éminent historien Claude BUIRETTE a déniché une Sainte Cohière, jeune femme vierge, bien sûr, pieuse évidemment, vivant en ermite près d’une fontaine et fondatrice du village, un peu la copie conforme de Sainte Ménehould.
---------La vérité est tout autre. De nombreux Saints sont tout à fait imaginaires et leur émergence est fortuite. On relève Saint Glinglin, Sainte Nitouche, Saint Frusquin. Pour Sainte Cohière, on reste dans le sacré. On ne peut pas trouver de meilleure explication que celle qui figure dans un passionnant ouvrage de Jacques E. MERCERON, paru en septembre 2002 aux éditions du Seuil : Dictionnaire des Saints imaginaires et facétieux :
---------« Le nom de cette Sainte imaginaire apparaît dans le nom du village de Braux-Sainte-Cohière (ainsi distingué de son voisin Braux-Saint-Remy. On appelle aussi Sainte-Coyere (lat. Cohaetia) l’église du village. [1]
 : si le mot saint procède bien d’une idée religieuse, cohière paraît être une expression locale désignant l’action de mettre un prisonnier aux fers, et l’on doit, dans l’espèce, y voir une allusion à la Saint-Pierre-ès-Liens, fête patronale du lieu. De manière plus précise, le Père Cahier signale justement que le nom de Sainte-Coyère est mis pour la Saint-Pierre-ès-Liens (fêtée le 1er août) à cause de la cohérence (ou jonction) des deux chaînes portées par le prince des apôtres. Ce miracle est en effet raconté dans la Légende dorée de Jacques de VORAGINE : il s’agit de la jonction parfaite des deux chaînes rapportées par Eudoxie [2], et dont Saint Pierre avait été lié sous Hérode, avec celle apportée par le pape Saint Pélage et dont l’apôtre avait été chargé sous Néron : on les mit ensemble et alors eut lieu ce miracle par lequel de ces trois chaînes, il s’en forma une seule, comme si elle n’eût pas été composée de différentes pièces. »
---------On traduira donc maintenant Braux-Sainte-Cohière par Braux aux Saints liens de Pierre.



L’Eglise de Braux Sainte-Cohière – Photographie F. STUPP

Notes

[1Comme le note LONGNON Auguste LONGNON est l’auteur d’un ouvrage de référence paru en 1891 :
Dictionnaire topographique de la Marne
.

[2Eudoxie : impératrice d’orient née à Athènes et morte à Jérusalem en 460.

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