Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

CENTENAIRES D’ARGONNE

lundi 26 février 2001, par Luc Delemotte


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---------Rares sont celles et ceux qui ont traversé le siècle d’un bout à l’autre. Nés en 1900, parfois un peu avant, ils ont connu le dernier siècle du deuxième millénaire. L’Argonne, terre de centenaires ?
---------On recense dans la région quelques personnes ayant atteint l’âge canonique. Mais avant de rencontrer ces exemples contemporains, retournons nous vers l’histoire.

---------Amédée LHOTE était un employé de la bibliothèque de Châlons-sur-Marne qui, en 1902, avait fait paraître une troisième édition de « Recherches sur les centenaires nés ou morts dans le département de la Marne ». Cette édition était revue et augmentée sur quelques centenaires de l’ancienne province de Champagne, ce qui démontre avec quel sérieux le bibliothécaire avait mené ses études. Quelle passion avait poussé cet homme à rechercher les noms et itinéraires de ces honorables vieillards ? Pensait-il acquérir ainsi le secret de jouvence ? Toujours est-il qu’il laisse de précieuses informations, en particulier sur la population argonnaise.

---------Citons tout d’abord Marguerite MARQUIS, veuve GOUILLY, morte à Chaudefontaine, âgée de quatre-vingt-dix-neuf ans trois mois et trois jours, le 6 janvier 1888. Les esprits chagrins ne lui accorderont pas le titre de centenaire. Amédée LHOTE précise : « Cette brave femme qui, dans sa longue existence, n’a jamais souffert d’aucune maladie, était née le 1er octobre 1788 ».
---------L’auteur apporte des informations de même nature concernant Guillain FALLOT, marchand à Vienne-la-Ville, décédé dans cette commune le 1er février 1714, à l’âge de 105 ans. « Ce centenaire n’avait jamais été saigné et n’avait jamais pris aucune médecine. Prévoyant, il avait partagé son bien à ses petits-fils deux jours avant sa mort ». L’auteur avait trouvé ces mentions dans l’Almanach des Centenaires de 1765.

---------Pour le reste, il cite l’Histoire de la Ville de Sainte-Ménehould de BUIRETTE (1837). Ainsi, il recopie la note concernant Pierre FAUDEL.
---------« Cy gist Pierre FAUDEL, décédé en cette ville le 4 septembre 1707, âgé de cent ans moins trois mois ; il a désiré estre enterré en cette chapelle. Gist aussi Madeleine HENNEQUIN, sa chère épouse, décédée dès le 1er juin 1660, âgée de trente-huit ans ; priez Dieu pour le repos de leurs âmes ».
---------Telle est l’inscription conservée sur une pierre tombale dans l’église de Sainte-Ménehould. Pierre FAUDEL avait été l’échevin chargé de complimenter Louis XIV lors de son entrée à Sainte-Ménehould, en 1653 ; il avait acheté une charge de secrétaire du roi, qui l’anoblit. Ses enfants avaient été s’établir et occuper des charges de judicature à Paris. La pierre tombale est toujours visible dans l’église du château, mais elle a été vandalisée depuis par quelques âmes mal intentionnées : le nom de Pierre FAUDEL et le début de l’épitaphe ont été effacés au burin.

---------Le record appartient peut-être à Jean THIRIET. BUIRETTE raconte son enterrement à la page 181 de son ouvrage.
---------« Dans l’année 1518, un riche bourgeois, de moeurs simples et pures, nommé Jean THIRIET, né à Sainte-Ménehould, qu’il habita constamment, mourut, âgé de cent huit ans. Cette longévité est un effet de la nature extrêmement rare, même dans les lieux réputés les plus sains. Jean THIRIET fut inhumé avec pompe et, quoique l’église paroissiale, située au sommet du château, soit d’un difficile accès pour des vieillards, il s’en trouva un bon nombre, qui se firent un devoir d’accompagner le convoi funèbre de leur doyen d’âge. Sa tombe fut placée au devant de l’entrée latérale de l’église, sous le portrait de la Vierge. Un de ses amis lui fit une épitaphe en vers latins, qu’on grava sur une pierre incrustée dans le mur au dessus de sa tombe. Elle porte que THIRIET a vécu cent huit ans, qu’il est mort en 1518, sain de corps et d’esprit ; qu’il a évité Vénus, Bacchus et les procès et, qu’en vivant de la sorte, on pourrait parvenir à l’âge de Nestor ».

---------Ainsi, d’après ces rapports, il valait mieux s’éloigner des plaisirs et éviter le médecin si on tenait à rivaliser avec Mathusalem.

---------Ce sont peut-être ces conseils qu’on suivi les centenaires du XXème siècle. On ne pourrait les citer tous sans se livrer à une minutieuse enquête. Toutefois, rappelons qu’aujourd’hui, à Sainte-Ménehould, deux personnes ont passé le cap des cent ans. Il s’agit de madame PELICAN et de Mademoiselle CAQUOT, toutes deux actuelles pensionnaires au V120.
---------La conclusion revient à une dame, aujourd’hui disparue, qui s’est éteinte dans sa 106ème année. Madame Noémie LEQUERME a marqué son temps. Elle n’a pratiquement jamais quitté son village natal de Villers-en-Argonne, où elle a vu le jour le 29 mai 1883. Baptisée le 31 mai de la même année, elle a pour nom « Marie-Francine Noémie COCHARD » mais tous l’appelaient Madame Noémie. Elle était mariée à Jules LEQUERME, charron au village, qui mourut en 1914. Dès lors, elle fut employée au château de Villers, jusqu’en 1956. A partir de cette date, elle assura la garde de la maison BASSUEL. Vers la fin de sa vie, la Maire, Monsieur GERARDOT et son Conseil Municipal, avaient coutume de lui souhaiter son anniversaire. C’est à cette occasion qu’elle confia le secret de sa longévité : « C’est une vie simple et saine. Un repas frugal, pas de vin, peu de viande, des légumes : trois noix le midi, trois noix le soir et très peu de médicaments ».

---------Nous accorderons le mot de la fin à Madame Noémie. Laissons à ceux qui souhaitent devenir centenaires le soin de suivre ces conseils qui ont fait leurs preuves et qui sont si proches de ceux qu’Amédée LHOTE avait collecté en son temps.

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