Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

SAINTE-MENEHOULD DANS LA SECONDE GUERRE MONDIALE

mercredi 21 février 2001


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---------Dans ce numéro, nous publions deux témoignages qui concernent la libération de la ville. Le premier émane de Armand KERSCHEN, citoyen Luxembourgeois résidant à Bettembourg. Une citation de la République Française, en date du 13 octobre 1947 stipule :
---------« Enrôlé de force dans l’Armée allemande, s’est évadé et a rejoint l’Armée volontaire en août 1943. Quoique activement recherché par la Gestapo a, au péril de sa vie, sauvé son chef d’une arrestation imminente en février 1944. A vaillamment combattu dans le maquis de Sainte-Ménehould. Bien que de nationalité luxembourgeoise a bien mérité de la reconnaissance de la France ».
---------Il participa, aux côtés des Américains, à la campagne de France. Après la guerre, il fut fonctionnaire à la haute autorité du charbon et de l’acier à Luxembourg puis travailla dans des sociétés privées comme chef des ventes. Il est âgé aujourd’hui de soixante-quinze ans.
---------Le 7 août 1996, il adressa une demande au Directeur de l’hôpital de Sainte-Ménehould, qui donne un éclairage intéressant sur la libération de la ville.
---------« Je me permets d’obéir à un désir de mon subconscient qui me dicte de vous écrire, après de longues années, pour une question que je n’oublie pas (peut-être une faute commise), une décision que j’ai prise le matin de la journée de la libération de Sainte-Ménehould, dans la nuit du 30 août 1944.
---------Assistant du Chef Départemental du réseau « Armée Volontaire » de la Marne, Christian HECHT, neveu du Général SCHLUMBERGER, je m’appelais Armand de BAC, avec mon nom donné par votre réseau. Menacé par une arrestation imminente à Châlons-sur-Marne, j’ai rejoint le maquis en formation active de Sainte-Ménehould, dont le commandant était un Monsieur PIG, chef de division à la S.N.C.F. de son métier.
---------Dans la nuit du 30 août (peut-être du 29) on avait reçu l’ordre d’attaquer Sainte-Ménehould où les Américains venaient de passer sans occuper la ville. Reçu par un feu nourri de la part des Allemands en dehors de la ville, j’avais traité Monsieur PIC de lâche. Alors, il m’a menacé de Conseil de Guerre (lui qui voulait abandonner l’attaque) et il m’a forcé de faire l’éclaireur, ma section à 200 m derrière moi et à 400 m le gros des maquisards.
---------J’étais ainsi le premier entré à Sainte-Ménehould.
---------Les maquisards se sont dispersés dans la ville aux positions stratégiques. Parlant allemand, des habitants sont venus me trouver pour me dire que des allemands s’étaient réfugiés dans des caves, avec des civils français et qu’ils les menaçaient de mort s’ils donnaient l’alarme.
---------Je suis ainsi descendu dans au moins vingt caves, sans arme, demandant aux Allemands d’abandonner leurs armes dans la cave et de sortir les mains levées. Je leur ai promis un bon traitement et l’état de prisonnier de guerre. Je comptais au moins cinquante soldats allemands qui s’étaient rendus. Toute cette histoire pour vous dire l’état d’esprit de cette nuit.
---------Puis j’ai rassemblé une section, vers 7h00-8h00 du matin, pour aller faire un tour du côté de l’hôpital où quelques résistants se trouvaient à la morgue, pris le jour avant par les Allemands et une section leur a rendu les honneurs.
---------Après cela, j’ai ratissé de près le jardin de l’hôpital, au bord de l’Aisne, pour vérifier s’il n’y avait plus de soldats Allemands. Au bord de l’Aisne, nous avons trouvé trois civières sur lesquelles étaient immobilisés trois soldats allemands fortement amochés, blessés à la tête et aux jambes, soignés déjà par leurs infirmiers, mais abandonnés tout simplement. Mes coéquipiers (ma section) voulaient les jeter dans l’Aisne pour venger les fusillés résistants. Je leur ai dit de ne pas singer les boches et que je tuerais d’une balle celui qui lèverait une main pour faire du mal à l’un de ces blessés graves. Très alarmés ils m’ont écouté, et à six, ils se sont chargés des civières pour aller les remettre à l’infirmerie de l’hôpital.
---------Par ailleurs, un major allemand était décoré de la Croix de Chevalier de la Croix de Guerre. Il a été abattu par les gendarmes avec des fusils de chasse. Son corps a été recouvert d’une tôle arrondie !
---------Beaucoup de mots pour en venir au fait. N’y a-t-il pas moyen de vérifier, cinquante-deux ans après, si ces grands blessés ont été déposés à l’infirmerie, comme je l’avais ordonné, ou alors ? Cette question me hante maintenant. C’est plus fort que moi. C’est la raison pour laquelle je vous demande assistance. Les noms de ces Allemands avaient-ils été relevés ?
---------A l’époque, j’avais dix-neuf ans, luxembourgeois de nationalité, j’ai été condamné par un tribunal nazi à un an de prison, en 1941 ; évadé, j’ai rejoint l’armée volontaire à Châlons-sur-Marne où j’exerçais la fonction de chef de chantier du camp de jeunesse. Cette fonction, avec les papiers officiels du Ministère de la Jeunesse, nous permettait de placer cinq ou six résistants comme chefs d’équipe et préparer toute une série de sabotages à la S.N.C.F. de Châlons et Reims.
---------J’ai attendu si longtemps car ma conscience s’était endormie par la suite : bataille de Strasbourg, offensive dans les Ardennes, puis mes études, puis et puis et puis. Maintenant cette question me brûle et j’obéis à mon subconscient.
---------Monsieur le Directeur, si vous pouvez trouver une réponse, s’il vous plait, répondez-moi. Je vous exprime mes remerciements, etc …
 »

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