Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

A propos d’un îlot de toits méditerranéens en Lorraine et Champagne.

lundi 12 novembre 2007, par Gérard Mourlet


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On sait que le principe de la toiture romaine, c’est l’imbrication qui consiste en l’emboîtage de deux tuiles de formes différentes, portant du reste en latin des noms différents ; tout d’abord une tuile plate appelée tégula [2] , à rebords latéraux, placée à plat, les rebords en dessus, puis ensuite une tuile creuse du type de nos tuiles lorraines, appelée imbrex [3] , cette dernière recouvrant les bords et le joint laissé entre eux, par où la pluie pouvait s’infiltrer à l’intérieur du toit. Ce mode de toiture qui paraît s’être généralisé dans tout le monde romain, et notamment dans l’ensemble de la Gaule, aurait persisté jusqu’après l’an mille, sans dépasser en tous cas les XIIè et XIIIè siècles et semble avoir totalement disparu au moins de l’ancien territoire gaulois. Mais en pratique, dans les pays méridionaux on substitua à l’imbrication de la tégula et de l’imbrex, l’imbrication de deux imbrices (tuiles creuses) superposées en sens différent. C’est ce genre de toitures qui a persisté dans les pays d’oc et aussi en Lorraine de nos jours.

Le nom de tuile romaine donné à la tuile creuse ou courbe [4] , dans certaines régions de Lorraine, aux dires de Jean Bruhnes, est donc parfaitement justifié et traditionnel. La tradition purement romaine de la superposition des deux types différents de tuiles romaines (imbrex et tégula) s’est conservée intacte dans une partie de l’îlot romain, ce qui est pour nous un cas unique en France, et qui, du reste, ne se retrouve ailleurs qu’en Italie.
Monsieur Gabriel Jeanton raconte : « Dans la région limitrophe de la Champagne et de la Lorraine, j’ai vu construire encore des toits à la romaine avec des tuiles neuves, une tuile plate à rebords latéraux recouverts de tuiles creuses : c’était en 1905, dans la région de Mourmelon. En 1932, en faisant un voyage dans cette région, j’ai retrouvé ces mêmes tuiles entre Reims et Verdun, notamment aux alentours de Valmy, puis en 1933, auprès du sanctuaire de Notre-Dame de l’Epine, à six kilomètres au Nord de Châlons-sur-Marne où Brunhes, nous l’avons vu, place la limite ouest de l’îlot lorrain. Mlle Robert-Juret, professeur au lycée de Strasbourg, me signale la présence des mêmes tuiles beaucoup plus bas aux alentours d’Arcis-sur-Aube. »

A Sainte Ménehould, après l’incendie de la ville en 1719, un grand nombre de maisons ont été recouvertes en tuiles romaines. Au lieu-dit « Le Château », un magnifique panorama offre un choix de toitures qui mérite le détour.
Aux confins de la Champagne et de la Lorraine, on fit usage de ces tuiles ségula jusqu’au XXè siècle, époque où l’on en fabriquait encore dans les tuileries champenoises de la région de Valmy. Ce serait aux ethnographes de la société de folklore champenois de dire si l’on n’en fabrique pas encore. J’ajouterai que c’est une grande tuilerie lorraine, celle de Jeandelaincourt qui, seule en France, s’est avisée de faire des tuiles mécaniques imitant l’imbrication des tuiles tégulae et imbrices pour les personnes de l’îlot lorrain attachées à leurs toitures traditionnelles.
A Verdun, les toitures qui étaient en tuiles romaines ont été détruites à jamais pendant la guerre 1914-1918.

Notes

[2tégula : tout comme tuile, ce nom vient du latin tegere (couvrir).

[3imbrex : à rapprocher d’imbriquer.

[4Tuile canal ou tuile romaine ou tige de botte : imbrex utilisée seule pour assurer la couverture. Forme de tronc conique car cintrée à l’origine sur la cuisse.

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