Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

L’ARGONNE DANS LA SECONDE GUERRE MONDIALE

jeudi 24 mai 2001, par Marc Hussenet


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---------Nous donnons aujourd’hui la parole à Marc HUSSENET, agriculteur à la retraite résidant à Verrières. C’est le père de Jacques HUSSENET “ l’historien de l’Argonne ”. Et comme bon sang ne saurait mentir, le père, lui aussi possède un sens de l’observation, a la plume agile, porte un grand intérêt pour les événements dont il est acteur ou spectateur, sur lesquels il pose un regard lucide.
---------Fils d’agriculteur, né en 1914, il quitte l’école à treize ans pour donner la main à son père. Il est mobilisé le 3 septembre 1939 (il avait fait son service en 1937). Réformé pour tachycardie, il évite ainsi de participer au conflit. Il sera donc un témoin attentif et réfléchi de la vie de son village sous l’occupation. Ses mémoires ont été consignées dans un ouvrage qu’il a bien voulu nous prêter et dont nous vous livrons quelques pages.
---------Après la guerre, Marc reprend sa vie normale de citoyen et de père de famille (il aura huit enfants, dont Jacques, Michel qui a repris la ferme et Jean, chef de gare à Sainte-Ménehould). Il fut aussi conseiller municipal pendant vingt-quatre ans et l’adjoint du Maire Michel PIERRE.


22 JUIN 1940


---------Les allemands occupent le village et très peu d’habitants sont rentrés. Notre maison, comme toutes les autres, a été “ visitée ” par les allemands, diront certains. Je crois plutôt qu’elles l’ont été par les troupes françaises. Dans notre cour trône un billot de bois, un hachoir et une quarantaine de têtes de volailles. L’étable remplie de fumier démontrait que chaque soir, le troupeau rentrait comme à l’habitude, sans être trait, bien entendu. Dans ma chambre, le secrétaire avait été vidé et de nombreuses pellicules jonchaient le parquet, portant les empreintes de gros souliers à clous et malheureusement détériorées.
---------J’avais appris avant notre départ pour l’exode, que les soldats du 21ème Colonial creusaient des tranchées au long de l’Aisne, l’autre côté du pont de la Frappée. Je m’y rendis le 22 juin en vélo. Le pont avait sauté. Pour accéder à la forêt, il n’y avait qu’un endroit : “ le Moulin du Haut ”. Dans le verger, à gauche, avant d’y arriver, quatre tombes de soldats allemands avaient été creusées, surmontées de croix en bouleau et de casques allemands. Je traverse avec quelques difficultés l’Aisne, en me cramponnant au déversoir, certain qu’il y avait des soldats français qui avaient été tués. Au milieu de notre pré, j’aperçois une masse kaki. En m’approchant, je comprends que c’est un soldat français, un sergent-chef du 21ème tué le 14 mai. Je gagne le bois pas très loin de l’Aisne ; une odeur de cadavre rend l’atmosphère pénible à respirer. Dans le fossé qui limite la forêt, un deuxième soldat français gît, recroquevillé. Et dans cette parcelle de bois, je découvre neuf autres cadavres, dont deux allongés sous une tente, certainement des blessés qui ont été abandonnés. Et près du pont, où de ce qu’il en reste, une tombe de soldat allemand, un casque percé de part en part, surmonté d’une croix de bouleau (les parents allemands sont venus un jour, en 1962).
---------A travers ce taillis déchiqueté par la mitraille, le sol est jonché de bouteilles vides. A un fil de fer tendu d’un arbre à l’autre, une cinquantaine de volailles, poules, canards en décomposition sont accrochés. Un petit panier en osier est rempli de grenades à cuillères. Dans les tranchées creusées en bordure de l’Aisne, des mitrailleuses et fusils mitrailleurs sont en position de tir. C’est impressionnant.
---------Je tressaute quand, à quelques mètres de moi, un cheval passe à toute vitesse à travers ce qui reste du taillis. Tout me semblait mort et sentait la mort. C’est un rescapé, j’en aurai tout à l’heure l’explication.
---------Avant de me diriger vers la maison Autier, je suis surpris par un tas de terre ressemblant à une tombe. C’en était une, on le saura plus tard.

23 JUIN 1940


---------En montant à “ La Forestière ” à droite, il y a une clairière. Une voiture ambulance tractée par deux chevaux, l’un harnaché, gît là en décomposition. Son compagnon que j’ai rencontré tout à l’heure a eu plus de chance.
---------La maison Autier était un poste de secours ; il y avait là du matériel chirurgical : pinces, solucamphre, pansements restent sur une table.

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