La dernière lettre du brancardier Albert Embry :
Le 4 octobre 1915
Bien chers parents,
Ainsi que les journaux ont dû vous l’apprendre, nous venons de vivre ces derniers jours dans le vacarme, sous la pluie, le feu et la mitraille.
Nous avons enlevé à l’ennemi une position formidable, terriblement fortifiée, qui avait été l’objet de plusieurs attaques infructueuses et meurtrières pour nous.
Cette fois, le coup a assez bien réussi, mais les Allemands ont déclenché une contre-attaque et nous arrosent continuellement de gros projectiles.
Notre tâche a été particulièrement rude. Il fallait opérer sous la mitraille. Mais qu’importe, la destinée de chacun est faite. Il ne faut songer qu’à son devoir.
J’ai foi en ceux qui veillent sur moi et me protègent. Que Dieu me garde l’affection de ceux qui me sont chers. En formulant cette prière, ma pensée et mon cœur sont avec vous tous à Saillagouse, à Limoux, à Bouilhonnac.
Deux de mes collègues ont été blessés (il ne dit pas qu’ils avaient été tués). Enfin, nous sommes maîtres de la fameuse Main, nous en organisons la défensive. Les marmites tombent toujours, je vous écris de mon trou et attend vos lettres dont la lecture sera une bien douce satisfaction.
Mille baisers de votre Albert.
Le sergent-brancardier Albert Embry a été tué le 5 octobre 1915 en accomplissant sa pénible et dure fonction de brancardier.
Le général italien Luigi Cardona passe les troupes en revue.