Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LA RESISTANCE EN ARGONNE

jeudi 20 septembre 2001, par Pierre Bigorgne


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---------Il est bien malaisé d’écrire sur ce sujet. Les documents d’époque sont, bien-sûr, inexistants. On doit s’en tenir aux témoignages dont la crédibilité est aléatoire. Certains résistants ne sont pas loquaces, d’autres ont tendance à magnifier leur action dans leurs mémoires parues dans la presse, d’autres encore, en voulant entretenir le souvenir d’une époque et en créant l’association « Ceux de la résistance Argonne Marne », ont parfois donné l’illusion que la résistance en Argonne était un fait important.
---------Il n’en est rien. Ce n’est ni la Corrèze, ni le Vercors …
---------La résistance fut limitée et tardive, nous le verrons dans le témoignage de Pierre BIGORGNE. Tout laisse à penser que les alliés souhaitaient qu’il en soit ainsi, notre région étant contrôlée très efficacement par l’armée allemande. Certes il existait, ici et là, des braves qui voulaient en découdre avec l’occupant, mais cela ne correspondait pas à une stratégie efficace. Les réseaux se sont mis en place progressivement, le maillage des résistants a pris forme en 1943 et les actes n’ont commencé qu’en juin 1944, pour se développer peu avant l’arrivée des Américains.
---------La résistance a laissé dans les mémoires un souvenir controversé. Ceux qui n’y ont pas participé, la très grande majorité, ont tendance à minimiser son action, parfois à la flétrir, soulignant les « ratés » durant les actions et les « excès » à la Libération.
---------Aujourd’hui, nous donnons la parole à Pierre BIGORGNE, qui fut l’adjoint au chef de maquis Lucien PICQ et qui ne s’était pas, jusqu’à ce jour, exprimé.

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---------Pierre BIGORGNE a aujourd’hui quatre-vingt trois ans. Il a gardé bon pied bon œil et milite encore dans différentes associations à Reims, où il a pris sa retraite. Bien que natif de la Meuse, il a fait ses études au Collège de Châlons, car sa mère (Pierre était orphelin de père à dix ans) souhaitait qu’il reste proche de sa famille et n’aille pas s’exiler à l’école normale de Vaucouleurs. Puis ce fut l’école normale de Châlons-sur-Marne, un premier poste à Vitry-le-François et le service militaire. Il suivit le peloton d’élève officer et devint Sous-Lieutenant dans l’armée des Alpes. C’est là que la guerre le surprit. Il la termina avec le grade de Capitaine.
---------Après la guerre, Pierre BIGORGNE et son épouse seront instituteurs à Chaudefontaine, commune dont il sera maire. Puis ce sera le départ pour Reims, où il sera nommé directeur d’école. Ce seront alors de longues années où il assurera d’importantes responsabilités tant syndicales que mutualistes. Il est maintenant Chevalier de la Légion d’Honneur à titre militaire et Commandeur de l’ordre des Palmes Académiques.

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---------Pierre BIGORGNE s’est rendu en Argonne un jour d’hiver, pour répondre à nos questions.

---------La drôle de guerre
---------- Ainsi la guerre te surprend alors que tu es Sous-Lieutenant dans l’armée française. Parle-nous de ton combat dans ce conflit
---------- J’étais dans la compagnie muletière de Tarascon. On a fait que des choses ridicules qui ne m’ont laissé aucun souvenir. Aucun combat. Puis, on a été versés dans l’armée de l’armistice. J’aurais dû être démobilisé, mais cela n’a pu se faire car ma mère habitait dans la zone interdite à Nancy. On est donc resté désoeuvrés, sans même faire d’exercices, au camp Sainte-Marthe à Marseille. J’ai même fait le service d’ordre de PETAIN en visite à Marseille.
---------- Tu étais pétiniste, comme tout le monde ?
---------- Ah non ! Quand on a entendu la déclaration défaitiste de PETAIN, on a pleuré. Il faut croire que l’on pleurait facilement à cette époque, car nous avions déjà versé des larmes le jour de l’armistice.
---------- Quelle était votre motivation à cette époque ?
---------- Le principal souci : manger. On passait les fins de semaines à aller manger quelque part, car on pouvait aller et venir librement en zone libre, sans payer le train. Une semaine on se rendait malade en mangeant des pommes de terre à Bergerac, la semaine suivante des haricots à la Bourboule… Nous fûmes utiles durant l’hiver 1940-41 qui fut très rude. On dégageait les voies de communication bloquées par des congères de neige. Je me souviens particulièrement du train Paris-Marseille arrêté à la hauteur d’Avignon, la neige dans une tranchée. Mes gars, harcelés par un mistral glacial, renâclaient : « On n’est pas militaires pour faire ce travail ». Ils parlaient de déserter.

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