Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

NAPOLEON III A SAINTE-MENEHOULD

vendredi 28 décembre 2001


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---------Au milieu du XIXème siècle, paraît à Sainte-Ménehould, la « Revue de la Marne ». Ce journal sort deux à trois fois par semaine des presses de l’éditeur local POIGNEE-DARNAULT. Son principal rédacteur en est Th. COURSIERS, qui rapporte les faits divers de la cité et du département, donne des informations nationales et internationales et surtout, entretient la flamme républicaine. Il a applaudi la destitution de LOUIS-PHILIPPE au début de l’année 1848 et a appelé à voter pour CAVAIGNAC en décembre de la même année. Son candidat malheureux est battu par Louis-Napoléon BONAPARTE, qui remporte les élections haut la main. A Sainte-Ménehould, les électeurs ont massivement voté pour le neveu du grand empereur. Cela n’entame pas les ardeurs du journaliste qui, par ses écrits, critique les actes et les décisions du Président de la République. L’occasion est trop belle quand, en août 1850, BONAPARTE exécute une tournée dans l’Est de la France. Certains ont déjà dénoncé les ambitions du futur Napoléon III et ce voyage est l’occasion pour chacun d’exprimer son opinion. Dans chaque ville visitée, on se bat à coup de slogans et les discours sont, en fonction de l’orateur et de l’auditoire, une manière de faire connaître l’attachement aux valeurs républicaines ou bonapartistes. Th. COURSIERS relate cette journée avec toute la mauvaise foi qu’on peut reconnaître au journaliste partisan (engagé, dirait-on aujourd’hui !). Se réclamant d’une impartialité parfaite, l’auteur ne cesse paradoxalement de relever chaque incident de la venue de l’illustre visiteur : retard du cortège, bousculade, intervention d’un homme pris de boisson, discours inaudibles, revue au pas de charge d’une garde nationale désorganisée, etc… Le journaliste conclut même son récit par un malheureux fait divers qui sonne comme une mauvaise augure.
---------La rareté du récit de cette visite justifie une réédition intégrale. Ce texte a été reproduit sans commentaires pour conserver le ton si particulier de cet homme de plume, ménéhildien d’adoption.


---------REVUE DE LA MARNE
---------Jeudi 29 août 1850
---------Passage du Président à Sainte-Ménehould

---------Historiens fidèles et impartiaux, nous allons tâcher de raconter la réception qui a été faite au Président de la République, lors de son passage à Sainte-Ménehould, et les principaux incidents qui ont signalé la journée de mardi.
---------Le Président qui, d’après les avis officiels, devait arriver à trois heures du soir à Sainte-Ménehould, n’est parvenu à la limite extrême du département de la Marne (au pont de Biesme) qu’à six heures. Il a été reçu par le Préfet de la Marne, accompagné du Sous-Préfet de l’arrondissement et d’un des adjoints de Sainte-Ménehould. Un piquet de gardes nationaux à cheval avait été également envoyé pour le recevoir et lui servir de cortège. Un arc de triomphe, formé de branches couvertes de leurs feuilles, avait été dressé par les soins de quelques enthousiastes habitants de la Vignette. La côte de Biesme a été montée au pas. Arrivé devant l’auberge de Saint-Hubert, qui se trouve au milieu de la côte, le Président a demandé un verre d’eau fraîche qui lui a été donné aussitôt et pour lequel il a fait remettre une pièce de monnaie. A son passage à La Grange-aux-Bois, une jeune fille vêtue de blanc, Mademoiselle Reine COLLIN, lui a offert une corbeille de pêches qu’il a acceptée en remerciant la personne qui la lui a présentée en lui glissant deux pièces d’or dans la main.
---------Depuis trois heures, les gardes nationales de plusieurs communes de l’arrondissement, venues avec leurs drapeaux, étaient rangées en bataille sur la place de l’Hôtel de Ville et formaient un immense carré entouré par une population pressée qui avait trouvé place le long des maisons. Les diverses autorités administratives et judiciaires, les anciens militaires et une foule nombreuse de postulants encombraient la cour de l’Hôtel de Ville et une partie des appartements. L’attente paraissait déjà fort longue à toute cette masse de population venue d’assez loin et réunie sur la place depuis au moins quatre heures, lorsqu’enfin, à sept heures, les cloches et les boîtes ont annoncé l’arrivée du Président. La voiture arrêtée vis-à-vis l’entrée de la cour de l’Hôtel de Ville, le Président mit pied à terre et fut reçu par Monsieur LALLE, premier adjoint et les membres du conseil municipal qui l’introduisirent dans une salle préparée pour sa réception. Pendant le trajet de la voiture au perron, un individu que nous avons cru pris de vin, tant il vociférait, s’est approché du Président pour lui prendre la main et fit entendre, à plusieurs reprises, les cris de : « Vive l’Empereur ! » qui ont été aussitôt couverts par ceux de : « Vive Napoléon ! Vive la République ! » Cet individu, qui mettait une persistance incroyable à suivre le Président qu’il appelait son sauveur, son libérateur, ayant été écarté par la gendarmerie, Monsieur L.N. BONAPARTE a pu enfin pénétrer dans la salle de l’Hôtel de Ville où l’attendait Monsieur le Maire qui, environné du conseil municipal, lui a adressé l’allocution suivante :

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