Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

NAPOLEON III A SAINTE-MENEHOULD

vendredi 28 décembre 2001


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---------Au fur et à mesure que les bataillons cantonnaux arrivaient sur la place de l’Hôtel de Ville, ils étaient placés chacun à un rang de bataille qui leur était assigné. Pour un moment, la population avait envahi entièrement la place, et il était bien difficile d’en devenir maître ; cependant, sur un ordre donné par la municipalité, peu à peu, toute cette population a été refoulée sur le côté droit de la place où elle formait une haie parallèle au côté gauche occupé par la garde nationale de Sainte-Ménehould, tandis que deux autres bataillons formaient la ligne faisant face à l’Hôtel de Ville. Le milieu de la place se trouvait entièrement libre. Du perron de l’Hôtel de Ville, le coup d’œil était magnifique et, dans cet état de choses, toute la population aurait pu voir, sans se déranger, le Président passer la revue et recevoir toutes les autorités. Cet ensemble a duré à peu près une heure, lorsque, tout à coup, et peut-être vingt minutes avant l’arrivée du Président, tout cet ordre de bataille a été changé par une fausse manœuvre commandée par nous ne savons quel chef et le carré qui avait été si bien formé a été rompu. Par ce mouvement opéré dans le bataillon de Sainte-Ménehould, deux bataillons cantonnaux, ceux de La Neuville-au-Pont et de Vienne-le-Château, se sont trouvés masqués ; une trouée a été faite dans les rangs par la population, qui est venue se poser en avant de ces deux mêmes bataillons que le Président n’a pu voir, et que, dans sa précipitation de quitter notre ville, il n’a pu passer en revue, placés à l’écart comme ils l’ont été par cette fausse manœuvre et noyés, pour ainsi dire, dans le flot populaire.
---------Ces braves gens qui avaient quitté leurs travaux agricoles et supporté trois heures de marche et près de quatre heures d’attente pour voir le neveu du grand empereur et défiler devant lui, sont repartis sans l’avoir aperçu et complètement désappointés. Plusieurs gardes nationaux appartenant à l’un de ces bataillons, ont, dit-on, brisé de colère leurs armes, se croyant victimes d’une mystification. Quelques paroles assez animées ont été échangées entre divers chefs de la milice citoyenne, qui attribuaient, à tort ou à raison, c’est ce que nous ne pouvons dire, toute cette fausse manœuvre au chef de bataillon de Sainte-Ménehould. Dans tous les cas, il est résulté de tout cela un si grand pêle-mêle, que les compagnies se sont débandées et ont quitté leurs rangs sans ordre, sans chef, et laissant pour ainsi dire au milieu de la place leur drapeau, qui a eu à peine une escorte pour rentrer à l’Hôtel de Ville.
---------Nous croyons pouvoir dire que la conséquence du passage de Monsieur BONAPARTE à Sainte-Ménehould, a été pour beaucoup d’enthousiastes du 10 décembre une désillusion et un désappointement complet.
---------Parmi tous les épisodes qui ont marqué le passage de Monsieur le Président de la République, nous serions injustes si nous ne signalions la belle tenue et la conduite pleine d’éloges d’un officier de gendarmerie étranger à notre cité. Ses manières douces, ses exhortations amicales et l’heureuse adresse avec laquelle il maniait son cheval au milieu d’une population qui le pressait, l’entourait, le heurtait, nous a laissé de lui et à tout le public qui appréciait sa belle conduite dans une circonstance si difficile, la meilleure opinion que puisse laisser, dans un pays où il est étranger, un homme d’armes mêlé à une cohue dont, jusqu’alors nous n’avions pas eu l’exemple. Et cependant, nous en avons déjà bien vu !
---------Une femme de Vienne-le-Château, qu’une grossesse de cinq mois n’avait pas empêchée de venir à Sainte-Ménehould, pour assister à la revue du Président de la République, a ressenti tout-à-coup les douleurs de l’enfantement et a accouché d’un enfant mort-né dans les lieux d’aisances d’une maison de la Porte des Prés, où elle était entrée pour satisfaire un besoin naturel. L’enfant, ou plutôt le fœtus, est tombé dans la rivière qui passe sous les lieux d’aisances et n’a pu être retrouvé.

---------Dans son article, le journaliste n’épargne pas le Président, tout en restant prudemment dans les limites que la censure n’aurait pas manqué de faire respecter. S’il n’est jamais attaqué personnellement, le Président apparaît méprisant pour le peuple qu’il fait attendre, incapable d’imposer l’ordre et la sérénité, fade dans des discours vides, ridicule lors de la revue effectuée au pas de charge. Les incidents même dont on ne peut rendre responsable BONAPARTE lui sont indirectement imputés. Le portrait du futur empereur n’est guère flatteur.
---------Un peu plus d’un an plus tard, le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon BONAPARTE effectuera un coup d’état et deviendra Empereur des Français. Th. COURSIERS continuera son œuvre journalistique dans le « Revue de la Marne » jusqu’en février 1852, date à laquelle sa signature disparaît des colonnes du journal. On lui doit « Souvenirs de Sainte-Ménehould » édité en 1844 et « Chroniques Lorraines » la même année à Bar-le-Duc.


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