Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La page du sourire

Un dîner à Tilloy.

dimanche 20 décembre 2009, par A. Renaudin, Luc Delemotte


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           Dénichée par Dominique Delacour dans le journal de la Marne du 5 mars 1846. Cette poésie nous raconte comment on accueillait les voyageurs aux portes de l’Argonne. On appréciera la qualité des alexandrins. Qui saurait, aujourd’hui, rimer de la sorte ?

Un dîner à Tilloy.


- Adieu… voyez Coyon sur son célérifère
Trépigner et crier tout tremblant de colère.
On part et le cocher, pour calmer son courroux
Sur ses pauvres chevaux frappe à terribles coups.
La voiture cédant au torrent qui l’entraîne
S’élance avec fureur et bondit sur l’arène.
Bientôt on aperçoit s’agiter dans les airs
Le plus prompt, le plus sûr courrier de l’univers
Le télégraphe, enfin, rival des hirondelles
Qui porte en un clin d’œil, au plus loin les nouvelles
Mais pâle invention près des chemins de fer
De la vapeur qui dompte la terre et la mer !…
Découverte sublime ! O siècle de la lumière !
S’il ne s’arrête pas au bout de sa carrière
Nous verrons détrôner notre trop vieux soleil ;
On est en train, dit-on, d’en faire tout un pareil
Et nous pourrons ainsi pour peu que ça nous plaise
Nous promener dans l’air tout à fait à notre aise…
Mais nous sommes déjà près du Saint Monument
Qui de l’Epine a fait un village important ;
C’est un chef d’œuvre d’art, de goût, de hardiesse ;
Nous en admirons tous la grâce, la finesse
Quand le cocher maudit nous lance vers Tilloy ;
C’était la fête… Alors tout était en émoi.
Allons, amis, en bas ! C’est une bonne aubaine,
Courons à la guinguette… Hélas ! elle était pleine…
- Prenez un peu pitié de gens mourant de faim ;
De grâce, donnez leur part à votre festin.
L’aubergiste, touché de notre mine blême,
Qui prouvait par écrit notre appétit extrême :
François, s’écria-t-il, va vite balayer
Pour cette compagnie, une place au grenier.
- Grand merci ! Servez-nous lestement un potage.
- Vous n’en trouveriez plus un seul dans le village.
- Eh bien ! alors du veau, du lapin, des gigots.
- En fait de viande, il reste encore des haricots,
Engraissés d’une côtelette
Et le tout à la vinaigrette.
- Donnez vite… Déjà nous dévorons des yeux
Le mets que l’appétit rendra délicieux.
Deux grands morceaux de bois, arrachés à l’étable
Et mis sur deux tréteaux, voilà pour notre table.
La nappe est un gros drap en vingt endroits percée ;
Sur un plat tout noirci, dix fois rapetassé,
Nageait tout à son aise, au nom de côtelette,
Un os volumineux, sec comme une allumette
Qui trois fois du potage avait fait les frais ;
Il était entouré de haricots épais,
Dont on eut pu sans peine, en place de ferraille,
Se servir, au besoin, pour tirer à mitraille.
On apporte pour deux, un couvert tout rouillé,
Un couteau biscornu, de manche dépouillé,
Une assiette écornée, un vieux restant de verre
Où les doigts se trouvaient inscrits dans la poussière ;
Puis du pain arraché, sans être cuit, du four.
Pour essuyer nos mains, nous tirions tour à tour
Le coin du drap en guise de serviettes
Au grand danger du fricot, des assiettes.



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