Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LA GRANDE GUERRE VECUE PAR UN ENFANT

mardi 18 décembre 2001, par Henri Seingeot


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Photo collection R. GERARDOT


---------En 1920, le curé du village de Verrières organisait des fêtes dont les bénéfices permettaient d’emmener les enfants à Lourdes.
---------Jean TOUBLANC et René SEINGEOT en haut, à droite.

---------Au retour, nous apprîmes qu’il y avait un petit accrochage entre combattants aux Damourettes : treize ou dix-sept Allemands avaient été tués et enterrés sur place par les hommes du village.
---------La retraite des Allemands n’était pas une déroute ; il s’accrochèrent et s’enterrèrent aux buttes de Champagne (Massiges, Pertes-les-Hurlus) et d’Argonne (Le Four-de-Paris, la Haute-Chevauchée) et cela pour quatre ans. Mon village se trouvait donc derrière les lignes françaises, à environ quinze à dix-huit kilomètres des champs de bataille. Sainte-Menou non plus n’était pas évacuée ; tous les autres pays en amont l’étaient. De ce fait, Verrières devint un lieu de cantonnement et de repos pour les soldats français. Dès notre retour à la maison, nous eûmes à loger des militaires dans les greniers de la maison et dans les granges de la ferme. Cet état de choses était fort gênant car l’escalier du grenier se trouvait dans la grande pièce, d’où une allée et venue continuelle des soldats fort gênante pour notre tranquilité. Et nous ne pouvions abandonner cette pièce où était la grande cheminée. On pouvait y faire la cuisine au feu de bois (les cuisinières, hélas, n’étaient pas encore utilisées). Pour le coucher, nous avions la grande pièce sur la rue où nous étions tranquilles. Mes grands-parents maternels occupaient la grande pièce-cuisine-chambre à coucher située derrière l’écurie à chevaux et donnant sur la cour. Deux autres petites pièces attenantes aux cuisines servaient de popotes aux militaires.
---------Ces soldats, d’ailleurs, dans l’ensemble, étaient sympathiques. Ils aidaient mes grands-parents et ma mère dans les travaux de la ferme et nous contaient des histoires, chantaient des chansonnettes. En fait, ces hommes retrouvaient leurs enfants dont ils étaient séparés. C’est à eux également que ma sœur et moi nous devons notre premier Noël. Quelle joie devant tous ces sujets en sucre d’orge et bonbons ! Nous étions au comble du bonheur, ne sachant pas alors ce qu’était Noël pour les enfants. Cette occupation de la maison par les soldats était pour nous un ravissement : leurs allées et venues, les moments qu’ils consacraient à raconter des histoires et à jouer nous enchantaient.


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