Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La rubrique de Jeannine CAPPY

LES POMMES D’ICI …

jeudi 13 décembre 2001, par Jeannine Cappy


Version imprimable de cet article Version imprimable    Version PDF



--------- Les Argonnais peuvent consommer leurs pommes locales toute l’année : Aux diverses variétés précoces dites « de Moisson » succède la Belle-Fleur, excellente en octobre et novembre. Puis, Réau, Reinettes grises ou dorées, Rambour, Jean Tondeur … prennent le relais jusqu’au printemps suivant, si toutefois elles sont conservées dans de bonnes conditions. Ensuite, Louiton, Couillon de Coq, Pommes de Fer … durent jusqu’à l’été.
--------- Ces fruits n’ont rien de commun avec ceux issus de vergers industriels. Nos pommes, cueillies à point, consommées au mieux de leur maturité, qu’elles soient fermes ou tendres, sucrées ou acidulées, ont de quoi satisfaire les goûts les plus exigeants. Pratiquement jamais traitées, elles peuvent être croquées avec leur peau. Non seulement c’est un vrai régal, mais grâce à leurs nombreuses vertus thérapeutiques, elles entretiennent une bonne santé. Qui ne connaît pas l’adage : « Manger une pomme par jour éloigne le médecin » !

°
°°



--------- Il y a encore une cinquantaine d’années, le cidre était la boisson usuelle que chacun fabriquait. Réau, Louiton et pommes à cidre mélangées étaient mises à « parer » dehors, jusqu’aux premières gelées. A partir de novembre, jusqu’en janvier, on les pressait. Ceux qui ne possédaient pas le matériel nécessaire devaient attendre le passage du pressoir itinérant. Monté sur roues, tiré par un cheval, le broyeur accrochéderrière, il se déplaçait de village en village. Celui acheté en 1937 par « Gégène » COLLIN, le brandevinier [2] de Passavant (qui était aussi petit agriculteur-éleveur et coiffeur à l’occasion) pouvait presser un maximum de cinq cents litres de jus, pour un « pain » de sept cent cinquante kilos de pommes.


Même pendant la « Grande Guerre », les soldats faisaient le cidre
Photo donnée par Monsieur LUNARD


--------- Pour la consommation journalière, le cidre était conservé dans des tonneaux bouchés : feuillettes de cent litres, pièces de deux cents litres, même demi muid de cinq cents litres. On le « tirait » au fur et à mesure des besoins. Inutile de préciser que le fond du tonneau était si raide qu’il fallait, m’a-t-on dit, s’accrocher pour le boire !
--------- Mais on faisait aussi – et on fait toujours – du cidre bouché d’excellente qualité. Une partie de la production familiale était mise en bouteilles, fermées d’un bouchon solidement maintenu par un croisillon de fil de fer – ce qui rendait parfois le débouchage aléatoire. Si la cave où on le conservait n’était pas assez fraîche, le cidre devenait très nerveux ; il faisait allégrement sauter son bouchon plus vite que prévu et se répandait généreusement partout, sauf dans les verres !
--------- Outre ces utilisations familiales, la vente des pommes constituait une ressource non négligeable pour nos anciens (qui étaient, pour la plupart, de petits propriétaires).
Les variétés « à cidre » étaient achetées par les cidreries. A Florent, la maison « Clovis Fer », fondée en 1893, appelée « Cidrerie de l’Argonne » s’est installée à Châlons-sur-Marne après la guerre de 1914. Elle a malheureusement fermé ses portes vers le milieu des années 1970.

Notes

[2Brandevinier : Bouilleur, distillateur.

Répondre à cet article

Sainte-Ménehould et ses voisins d'Argonne
Association déclarée le 06 février 1998
Siége social : Hôtel de ville
B.P. 97- 51801 Sainte-Ménehould