Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La page du sourire

LE MIRAGE DE FIGARO

mercredi 12 décembre 2001, par François Mouton, Luc Delemotte


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---------L’article suivant relate une bien curieuse aventure survenue à un barbier de Menou. Revue de la Marne n°861 – 7 septembre 1849.

---------« Hier, dans l’après-midi, un individu se présente chez le sieur X… pour se faire raser. L’artiste se met aussitôt en devoir de satisfaire sa nouvelle pratique et, après les dispositifs d’usage, promène avec la dextérité et la légèreté qu’on lui connaît, le rasoir sur la figure du nouveau venu. Déjà, il avait prononcé le sacramental – Voilà Monsieur ! – lorsque l’inconnu lui fit observer qu’il avait oublié de raser le côté gauche de son visage. L’artiste surpris s’empressa de réparer ce qu’il croyait un oubli de sa part. Cela fait, le chaland lui fit voir que le côté droit ne paraissait point non plus avoir subi l’influence tranchante du rasoir. Le barbier stupéfait convient du fait, passe et repasse ses rasoirs sur le cuir et recommence l’opération ; mais, ô prodige ! tandis qu’il s’évertue sur le côté droit, il s’aperçoit que le côté gauche, qu’il venait de travailler à l’instant, paraît aussi intact que si le rasoir n’y avait jamais passé depuis huit jours. C’était à se donner à tous les diables ou, pour mieux dire, notre artiste pouvait croire avoir affaire au diable en personne. Cependant, à force de savon et au risque d’enlever l’épiderme de sa pratique, le barbier parvint à rendre aussi nu que la main le visage de l’inconnu. Celui-ci se lève, prie l’artiste de prélever 50 centimes sur une pièce de 2 Francs qu’il lui met dans la main et se retire avec la monnaie de sa pièce. A peine est-il parti que notre barbier, réfléchissant à cette étrange aventure, veut s’assurer de l’état de ses rasoirs qu’il croit la cause de l’affront qu’il vient de subir ; il tire sa trousse, mais, hélas ! elle est veuve de rasoirs ; il sonde toutes ses poches : rien. Pour comble de malheur, il s’aperçoit que la pièce de 2 Francs contre laquelle il a rendu tout à l’heure 1 Franc 50 C, s’est convertie dans sa poche en un ignoble rouge-liard. Nul doute, il est la victime d’un filou des plus adroits. Aussitôt, il s’élance à sa recherche ; il parcourt tous les hôtels de la ville ; un agent de police l’accompagne ; bref, il trouve dans un de nos cafés, son homme lisant paisiblement le journal. L’artiste l’aborde, furieux, et, pour tout préambule, lui porte deux ou trois coups de poing qu’il accompagne d’épithètes de circonstance. Grande rumeur dans le café. L’agent de police expose gravement de quoi il s’agit et exige que l’inconnu se laisse fouiller. Celui-ci y consent à la condition, cependant, que l’agent soit lui-même soumis à cette mesure humiliante. Ce qui fut dit fut fait et les deux rasoirs, ainsi que la pièce de 1 Franc 50 C furent tirés des poches mêmes de l’agent de police ! Nous laissons à deviner de quel côté furent les rieurs.
---------Or cet inconnu, cet homme à barbe sans cesse renaissante, ce filou des plus adroits, n’est autre que le fameux BELMAS, connu de tout Paris pour ses tours de prestidigitation. C’est un des plus habiles artistes du théâtre de M. CONTE et du Bazar Bonne-Nouvelle. Monsieur BELMAS va passer plusieurs jours à Sainte-Ménehould, où il se propose de donner quelques représentations. Nous ne doutons pas qu’il n’y ait foule à la salle de spectacle, où il a déposé son sac à malices. Celui qui écrit ces lignes a été obligé de convenir qu’il faut les voir exécuter pour y croire. »
---------Non content d’être un champion dans son métier, ce BELMAS avait un sens très vif de la publicité et cela sans camion-radio et autre scoop télévisé, mais avec quelle efficacité, car je suppose que cet incident fut longuement commenté dans les chaumières ménéhildiennes.

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