Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Il aurait pu naître ailleurs : J.B. Gariot.

mercredi 23 juin 2010, par Jean-Claude Léger


Version imprimable de cet article Version imprimable    Version PDF


Le sort a voulu que Jean-Baptiste GARIOT naisse à Sainte-Ménehould le 25 mai 1761. Son acte de baptême mentionne qu’il est le fils de Benoit ouvrier en cuir doré et de Marie Vial. Ses parents étaient de passage en notre cité, jeunes mariés ils s’étaient unis en la paroisse Saint Paul de Sion au cours de l’année 1757, le 20 avril. Il est nommé Jean-Baptiste par son parrain Jean-Baptiste Duboscq et par Françoise Marguerite Teste Forte épouse du parrain de la paroisse Saint Laurent de Paris. Pendant 25 ans, aucune trace de sa vie, il faudra attendre que Jean-Baptiste Gariot soit reçu maître chirurgien-dentiste à Poitiers pour en savoir plus. Il va offrir au public ses services, une affiche publicitaire du 15 novembre 1786 atteste sa présence dans la ville de Rennes. Il propose l’extraction, le remplacement, le nettoiement des dents. Ses compétences pour la conservation fait état du plombage pour éviter la carie.
La Révolution Française va revoir l’administration et la gestion des professions libérales. La désignation professionnelle des dentistes sera englobée dans le très vaste classement des « officiers de santé », alors ils seront susceptibles d’assurer le service des Armées. Il ne voit pas son avenir et sûrement pas sa sécurité par l’exercice de son art sur les champs de bataille. Pour ne pas subir cette affectation forcée il va chercher à s’expatrier. C’est décidé, il part pour l’Espagne avec l’ambition de se mettre au service de la Maison royale. Il va réussir à s’imposer à cette Cour dans le courant de l’année 1793 après avoir pris la décision de se faire naturaliser au royaume d’Espagne. Tout va vite pour l’homme, au cours de cette même année. Il se marie avec Dona Maria Reinand, une espagnole séduite très rapidement. Son activité professionnelle est pratiquée essentiellement à domicile, conjointement il s’inscrit au collège royal de chirurgie de Madrid. Ses compétences seront reconnues pour être diplômé de ce prestigieux collège. Son savoir-faire le conduit au Palais, la consécration aura lieu le 19 décembre 1798 « le roi concède Juan Gariot chirurgien-dentiste le grade de Chirurgien de la Chambre avec un traitement de quatre dinars annuels ». La reconnaissance pour les soins prodigués sera la raison de faire passer son traitement à 15 000 réaux dès le 15 avril 1799. Nous passerons rapidement sur les très nombreux soins et notes de frais présentés à la famille royale. En 1808 Napoléon 1er profitant de la querelle entre Charles IV et son fils Ferdinand impose comme roi d’Espagne son frère Joseph.
L’insurrection madrilène sera pour Gariot l’obligation salvatrice de revenir en France. Son refuge sera pour lui et sa famille la ville de Toulouse, la vie est sauve, mais l’argent manque pour nourrir sa famille constituée de six enfants. Le retour de l’exil de Ferdinand VII, en 1814, sera pour Gariot la fin de l’interlude de Toulouse. Le retour en Espagne se fera par la côte méditerranéenne. Déjà Barcelone puis il attendra cinq longues années pour son retour à la Maison Royale en juin 1819.
Ce poste de dentiste de la Chambre aura pour effet d’obtenir le versement rétroactif depuis 1814 des annuités de 15 000 réaux annuels. Il sera mis à la retraite d’office dès le mois de mai suivant à l’âge de 58 ans avec le tiers de ses appointements. Il va continuer de prodiguer ses soins dans Madrid pour y mourir à 74 ans le 21 décembre 1835. Sa vie vouée à la chirurgie dentaire est mondialement reconnue, il est l’inventeur du premier articulateur dentaire.
Avec J. B. Gariot, on arrive à la chirurgie dentaire classique qu’il va expliquer dans son livre « Traité des maladies de la bouche », édité à Paris chez Duprat-Duverger en 1805. Son art, il le met au service des gens riches dont le genre de vie est contraire au développement d’une santé, et chaque jour le prix de la beauté se fait sentir davantage. Le bon état de la bouche est indispensable pour la mastication et pour la prononciation et chez les femmes, il est un des attributs de la beauté. En effet, rien n’est plus repoussant qu’une bouche qui laisse voir des dents noires ou bien une personne qui articule avec difficulté. Au contraire une bouche au sourire gracieux qui prononce avec facilité répand la fraîcheur de la santé. Les dents sont soignées, plombées ou remplacées facilement par des prothèses. Il est important que les opérations dentaires soient réalisées avec attention. De nombreuses précautions sont indispensables pour éviter les infections. Le dentiste Gariot ne néglige pas les conditions prescrites dans toute opération chirurgicale. Il prépare et dispose toutes les choses dont il a besoin, le patient est installé dans un siège très commode avec accoudoir et appui-tête. La recherche de la propreté pour les vases, les carafes, l’eau, le linge etc…il donne au patient une impression favorable. Se laver les mains devant la personne est indispensable pour ne lui inspirer aucun dégoût lorsqu’il porte les doigts dans sa bouche. Les instruments étalés en petit nombre doivent avoir l’air neuf pour faire oublier qu’ils ont pu être déjà portés dans d’autres bouches. La dernière précaution sera de placer devant la personne une petite table sur laquelle se trouveront une cuvette et un verre d’eau tiède pour rincer la bouche.
Le premier travail du praticien est de nettoyer la bouche, le tartre sera détaché avec la rugine. Pour ce travail, il doit éviter, autant que possible, de lui faire sentir sur le visage l’impression de son haleine. À cette époque le chirurgien-dentiste employait des moyens pour remplacer les dents perdues. A savoir : la prothèse pour remplacer la couronne d’une dent par une autre assujettie à la racine saine ou placer une à plusieurs dents isolées, plusieurs de suite et d’une seule pièce, un côté du maxillaire ou tout entier, enfin le râtelier pour les deux rangées de dents. Les dents artificielles étaient issues de nombreuses substances ; on employait les dents humaines, les dents ou les défenses des grands animaux tant terrestres qu’amphibiens. On utilisait au début les dents d’hippopotame ou cheval marin, celle de l’éléphant pour son ivoire, celles du marsouin, celles du phoque.

Répondre à cet article

Sainte-Ménehould et ses voisins d'Argonne
Association déclarée le 06 février 1998
Siége social : Hôtel de ville
B.P. 97- 51801 Sainte-Ménehould