Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LA LEGENDE DOREE DE L’ARGONNE

Notes de Pâques au Front

vendredi 26 juin 1998


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          Nous nous devions, en introduction du numéro 1 de notre « Petit Journal », de rappeler brièvement l’histoire de Sainte Menehould, qui a donné son nom à la ville, en la situant dans son contexte géographique : l’Argonne.
          Pour cela, nous avons emprunté à Monsieur Albéric CAHUET une partie de son texte paru dans « la Revue Hebdomadaire » numéro 31 du 4 août 1917, édité par la librairie PLON.
          Ecrit vraisemblablement par un officier au repos à l’arrière du front d’Argonne, l’auteur, Albéric CAHUET, semble même être originaire de la région. Nous serions particulièrement reconnaissants à nos lecteurs de bien vouloir nous faire parvenir quelques renseignements complémentaires sur ce militaire qui a intitulé son texte :




LA LEGENDE DOREE DE L’ARGONNE


Notes de Pâques au Front



          Ce matin, à l’éveil, nous avons, pour la première fois depuis un an, perçu des sons de cloche, une cloche sylvestre, cristalline, annonciatrice du printemps et des Pâques prochaines. C’était, en bordure des bois, l’appel d’un petit ermitage où un prêtre soldat célébrait l’office des Rameaux.

          Nous sommes au repos pour quelques jours dans une clairière de l’Argonne, au seuil du secteur où notre division vient de vivre durement l’hiver. Nous goûtons la joie de revoir enfin les maisons non détruites où s’allume une lampe le soir. Nous avons la douceur d’entendre des voix de femmes et des rires d’enfants. Et maintenant, autour de nous, des cloches chantent. Le soir, dans nos logements, nous retrouvons comme un foyer. J’ai une chambre, avec un lit et une cheminée où crépite un feu de bois vert. Voici, sur une bonne ronde table, de vieux livres, de précieux manuscrits prêtés par l’un des rares habitants de la région qui possèdent une bibliothèque ancienne et des archives ; et, tout auprès, mon journal de campagne et les notes informes glanées pendant six mois de vagabondage dans ces forêts où s’est conservé si puissant le souvenir des origines guerrières et mystiques de notre race. Car l’Argonne, au hasard de ses ravins chaotiques et de ses futaies harmonieuses, de ses chemins éboulés et de ses voies romaines, de ses logis d’ermites et de ses pierres d’abbaye, de ses plateaux abrupts et de ses défilés stratégiques, c’est, tour à tour, la Gaule des aurochs, celle des druides, la Gaule latine d’Aétius, la terre franque de Clovis, le parc forestier de nos maisons royales, le premier champ de victoire de la Révolution. Sol de nos exaltations spirituelles et de nos transfigurations nationales, l’Argonne nous dit la légende dorée de nos premiers saints ; et elle nous explique aussi comment la fuite de la vieille France devait être arrêtée à Varenne, comment la ruée des envahisseurs a été rejetée à Valmy et contenue sur les Hauts-de-Meuse. L’Argonne de nos jours, c’est Vauquois, le Four de Paris, la Fille-Morte, les bois de la Gruherie, le bois Bolante, la cote 304, le Mort-Homme. Nous avons vécu la vie de ses plateaux et de ses forêts. Nous nous sommes annexés à ses bois, à ses neiges, à sa terre, et nous faisons maintenant assez partie de son histoire pour comprendre toutes les choses que nous disent, chaque soir, les voix déchaînées de ses taillis et de ses combes.

          Menehould est née dans le Châlonnais. Elle est, comme Geneviève de Paris, une Gauloise. Notez cela. Il y a déjà trois siècles de civilisation dans son ascendance. A les rapprocher d’elle, les rudes femmes franques, qui, bientôt, s’installeront dans la société gallo-romaine finissante, sont des barbares. Menehould est une praticienne. Elle est accoutumée au luxe des maisons de pierre. Son enfance joua dans des jardins peuplés de statues et sous des péristyles dallés de mosaïques et historiés de fresques. Son père, Sigmar, sous le proconsulat d’Aétius, gouverne le Perthois pour le compte de Rome. De son mariage avec la noble Lintrude, Sigmar a eu sept filles : Emme (ou Aimée), Lutrude, Pusine, Francule, Libère, Hould et Menehould (ou Maennechilde), sept noms purement gaulois.

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