Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LA LEGENDE DOREE DE L’ARGONNE

Notes de Pâques au Front

vendredi 26 juin 1998


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          Lors de la défaite d’Attila aux champs Catalauniques, Menehould était encore adolescente. Sans doute, elle ressentit, aux nouvelles de la ruée des Huns, l’épouvante de toutes les femmes ou filles assurées du massacre immédiat ou du pire esclavage. Elle eût été, avec ses soeurs, jetée nue dans le butin, traînée à la suite des guerriers ivres, livrée à leurs jeux lubriques, à leurs fantaisies sauvages. Les vierges du temps n’ignoraient rien de ces périls qui liaient leur destin aux chances d’un combat. Menehould et les autres filles de Sigmar ont dû avoir des rêves terrifiés, des éveils brusques dans l’angoisse, pendant ces semaines où des misérables fuyant devant les chariots de l’invasion traversaient Perthes et venaient chaque jour quêter une aumône en contant les tragiques aventures de leur foyer assassiné et de leur village en flammes. Les sept jeunes filles s’épouvantaient de ces récits et leur émoi s’accrut lorsque survint le départ des hommes. Il fallut, en effet, que Sigmar, avec son contingent, s’en allât rejoindre les légions d’Aétius accourant au secours de Troyes. Sigmar et ses hommes revinrent victorieux. Attila fuyait vers l’Est, peu inquiété dans sa course et emportant tous ses trésors. Il fuyait. Dans la maison de Sigmar, il y eut, de nouveau, des chants et des rires de jeunes filles.

          Un jour, Sigmar emmena avec lui la plus chère de ses filles dans un voyage que nécessitaient les soins de son commandement. Ils arrivèrent à Château-d’Aisne, un rocher fortifié à l’extrémité de la forêt actuelle des Ardennes, en cette partie sud qui a pris, par la suite, le nom d’Argonne. Le lieu s’isolait au milieu de taillis épais et de marais formés par le débordement de deux rivières indisciplinées - aujourd’hui l’Aisne et l’Auve - et par une gerbe de ruisseaux qu’alimentaient les sources innombrables des bois. Il y avait, autour de ce rocher ceinturé de nappes stagnantes et où l’on n’accédait que par des nacelles, toute la sauvagerie mystérieuse des premiers âges, avec les retraites des grands fauves et les futaies millénaires, où s’évoquaient les luttes hurlantes de l’homme et de la bête, puis les rites sanglants des Druides sacrifiant à Lug ou à Tarann. D’autres divinités plus douces étaient venues ensuite, Isis ou Diane, dont on avait transporté les statues jusqu’au faîte du rocher dominant sur lequel s’était installé un collège de prêtres. Enfin, ces idoles gracieuses elles-mêmes s’étaient enfuies avec leur escorte de Faunes, de Sylvains, de Dryades, toutes les divinités bocagères et champêtres, chassées par la prédication rude des saints venus de Rome désormais chrétienne. Les pierres du temple abattu avaient aidé à construire une lourde forteresse, ce Château-d’Aisne, où Sigmar venait de conduire sa fille.

          Un jour, le fléau des pays de marais aux premiers siècles, la peste, vint menacer le pays. Déjà, le mal terrible transformait alentour les cités en cimetières, vidait les campagnes, promenait la mort dans les châteaux. La tradition assure que, par ses prières et aussi par sa science des simples, la fille de Sigmar détourna le fléau du bourg d’Aisne. Et, dès ce moment, un peuple d’adorants leva ses mains jointes vers la vierge providentielle. La renommée des vertus de Menehould se répandit au loin. On commença de l’implorer comme une sainte. Les gens des villages et des bois, quand ils venaient lui demander du secours, disaient qu’ils allaient « à Sainte Menou ».

          Il semble que Château-d’Aisne ne fut point le seul lieu où la vierge Menehould aurait prodigué ses bienfaits. Un de ses biographes dit qu’elle se rendait parfois dans un hameau voisin, appelé le Pont, et que là, sur une hauteur, connue depuis sous le nom de Côte-à-Vignes, elle avait une cellule où le populaire allait la retrouver. En cet endroit, Menehould aurait opéré des miracles. Comme, un dimanche, pendant les fortes chaleurs, de pauvres gens étaient tourmentés par la soif après avoir gravi la côte, la sainte perça le sol de sa quenouille et en fit jaillir de l’eau. Il existe effectivement sur cette colline une source qui est demeurée, à travers les temps, un but de pèlerinage. Les habitants des villages y vont solliciter la protection de Menehould. Et tous les ans, la population de ce bourg, aujourd’hui La Neuville-au-Pont, célèbre la fête de sainte Menehould qui n’est cependant point la patronne de la paroisse.

          On ne sait que peu de choses sur la fin de la sainte. Sigmar, avant sa mort, aurait assigné à chacune de ses filles un domaine particulier pour y vivre séparément la vie religieuse que toutes avaient embrassée. Menehould se serait éteinte, la dernière, à Bienville-sur-Marne et aurait été inhumée dans l’église de ce village, le 14 octobre de l’an 500, sous le règne de Clovis. Elle compta, dès lors, ainsi que ses soeurs, parmi les saintes vierges du diocèse de Châlons.


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