Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LA PAGE DU SOURIRE

TROP TARD !

samedi 13 juin 1998, par François Mouton, Luc Delemotte


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          Petite bourgade de 4.000 habitants, le « Menou » des années 50 était sensiblement différent de la ville actuelle. Une population stable, constituée dans sa grande majorité de vieilles familles Argonnaises implantées là depuis plusieurs générations, une communauté où tout le monde connaissait tout le monde : telle était la cité en ce temps-là.

          Il y régnait une grande convivialité qui n’excluait cependant pas quelques chicanes voire même des crêpages de chignon ou autres pugilats, la plupart du temps sans conséquence grave (nos ancêtres les gaulois ...).

          A cette époque, un ménéhildien de vieille souche, que j’appellerai N. par discrétion, cumulait deux responsabilités : pompier bénévole (...ils l’étaient tous alors ...) ; il exerçait aussi ses talents dans la fanfare de l’Aiglonne où il était chargé du maniement des cymbales, rôle particulièrement délicat, car les interventions du cymbaliste sont rares mais essentielles et ne pardonnent pas la moindre erreur (... un peu comme celles du gardien dans une équipe de football !). Or il advint un jour que N. eut à participer consécutivement à deux activités importantes : un banquet des sapeurs-pompiers suivi d’un concert donné par l’Aiglonne.

          Nous étions en plein été, le repas fut plantureux à souhait, copieusement arrosé (... et pour cause ! ...) à tel point qu’à trois heures de l’après-midi, lorsque débuta le concert, notre ami s’efforçait de lutter le plus vaillament possible contre une somnolence aussi douce que sournoise.

          Malheureusement, ce genre de combat est toujours perdu d’avance ... Aussi, quand vint le moment crucial de rehausser d’une martiale percussion l’interprétation de ses collègues, N., échappant difficilement à sa torpeur digestive, donna-t-il son coup de cymbales avec un temps de retard qui ne pouvait qu’être remarqué de tous.

          Conscient de la catastrophe dont il était responsable, il traduisit son profond désarroi par cette amère réflexion faite à mi-voix (du moins le croyait-il ...) « Merde ! Trop tard ! ... »

          Comble de malchance, notre ami s’était assis, sans s’en apercevoir, juste à côté d’un micro en parfait état de marche (... ce qui était rare à l’époque ! ...), lequel micro remplit parfaitement sa mission en retransmettant amplifié à une foule déjà mise en joie par le couac précédent, ce qui n’aurait dû rester qu’un discret aparté désabusé.

          Il en résultat un énorme éclat de rire qui couvrit momentanément les harmonieux accords de la fanfare.

          Fusillé du regard par le chef de musique, ulcéré par les quolibets qui parvenaient jusqu’à lui, cruellement ébranlé dans son honneur musical, et bien réveillé cette fois, N., tel le corbeau d’une certaine fable, jura mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus !

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