Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Extrait du roman

« CLAUDE BRIDET »

de Georges LIONNAIS

mercredi 10 juin 1998


Version imprimable de cet article Version imprimable    Version PDF



          Ces jalousies villageoises sont tenaces, sournoises. On s’aborde, souriant ; mais, au fond, guette un démon, prêt à griffer cruellement.
          Onésime Bridet, mobilisé le 2 août 1914, avait laissé à sa femme, à son père et à sa mère, sexagénaires, la lourde tâche de maintenir « le train ».
          Mamerelle, occupé le 28 août , le père Claude fut arrêté aussitôt comme otage et traîné en Bavière. Après une détention de six mois, on le rapatria et il rejoignit sa bru réfugiée dans un hameau des environs de Troyes.
          Mme O. Bridet quitta Mamerelle, avec ses enfants, la veille de l’arrivée des éclaireurs ennemis, cachant, dans la carriole, quelques légères provisions.
          La mère Bridet, restée au village, rentra en France libre, par la Suisse, en janvier 15.
          Mais il fallait vivre !
          Des quelques gros billets emportés hâtivement, il ne restait plus lourd !
          Le père Bridet se loua comme domestique chez un fermier du pays : 40 francs par mois et la nourriture.
          Le pauvre vieux « burinait ferme », sans rechigner jamais.
          Cramponné aux « manillons » de la charrue, il songeait à ses terres abandonnées, où l’herbe sauvage suçait la bonne sève du sol gras.
          Ils vécurent misérablement les six premiers mois, puis vint l’allocation : 25 sous par jour et par personne !
          Mais on restait sans nouvelles d’Onésime !
          On savait qu’un combat s’était livré, sous Montmédy, entre la garnison dérisoire qui essayait de fuir, et un corps d’armée allemand. Peu de Français en réchappèrent.
          Un bruit, colporté par des réfugiés, avait couru : le fils Bridet tué sous la forteresse ...
          Heureusement, huit jours après, on recevait, par l’intermédiaire de la Croix-Rouge, une lettre du prisonnier.
          Il réclamait des colis et de l’argent.
Au début de 1916, deux décès endeuillèrent la famille. Celui du petit Pol, le cadet, emporté en 48 heures par un mal inconnu.
          En février, Mme Onésime, indisposée, se leva la nuit pour éteindre une soif qui lui brûlait les sangs.
          A la suite de cette imprudence, une fièvre intense se déclara. On soigna la malade au petit bonheur ; car, à cinq lieues à la ronde, pas un seul médecin civil !
          Un major de cantonnement, appelé à plusieurs reprises, refusa de se déranger pour « l’émigrée ».
          Et la mort survint quatre jours après.
          Sur le cadavre encore tiède du fils, on descendit celui de la mère !
          Fatalité ! Pendant que sa femme agonisait, Onésime obtenait d’être rapatrié comme infirmier.
          Qu’on juge de la scène de désespoir lorsque le prisonnier, libéré, apprit, à son arrivée, le double malheur ! Sa femme avait été inhumée l’avant-veille de son retour !

.../...

Répondre à cet article

Sainte-Ménehould et ses voisins d'Argonne
Association déclarée le 06 février 1998
Siége social : Hôtel de ville
B.P. 97- 51801 Sainte-Ménehould