Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

EN GUISE D’EDITORIAL

L’HISTOIRE LOCALE,

NOUVEAU CIMENT DE LA VIE COLLECTIVE

dimanche 27 décembre 1998, par Ali Habib


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De nombreuses communes se penchent sur leur
passé pour intéresser les habitants à leur
patrimoine de proximité et susciter ainsi la cohésion.



          Un nouvel engouement semble saisir les Français. Après l’envol de la généalogie qui a poussé des milliers de gens vers les archives municipales pour une recherche aussi minutieuse que passionnée de leurs racines, après l’intérêt croissant que suscite, un peu partout dans l’Hexagone, la sauvegarde du patrimoine sous toutes ses formes, après l’ “ explosion ” des manifestations festivalières en nette progression depuis les années 80 et dont beaucoup ont pour thème un élément du terroir, les collectivités se penchent à leur tour sur leur passé pour rappeler que, longue ou courte, glorieuse ou obscure, elles ont une histoire. Avec deux objectifs majeurs, “ plus ou moins clairement définis : fédérer la population de la collectivité et se faire (re)connaître à l’extérieur ”.

          Mais retracer son histoire n’est jamais neutre. “ C’est maintenant que l’on voit les effets de la décentralisation ” estime l’anthropologue Isaac Chiva : “ Ce retour au local, au passé, au symbolique, est quelque chose d’aussi novateur que la naissance du tourisme. Le politique symbolique a toujours été incarné par Paris. Désormais, c’est la culture, donc aussi l’histoire, qui est devenue un enjeu politique, social et économique. L’histoire est la seule science de la société qui ait le statut de l’écriture. Elle satisfait le besoin de donner de la visibilité, de dire que l’on fait quelque chose. ” “ Le propre de l’homme social est de créer sa différence ”, explique-t-il encore.

          Si c’est un moyen de susciter l’intérêt collectif et conduire les gens à regarder d’un œil neuf leur environnement et à les intéresser à leur patrimoine de proximité, “ l’émergence de ce secteur nouveau mais inclassable - dans lequel il est difficile de dissocier l’économique, le politique et le culturel - peut être vecteur de dangers, avertit cependant l’anthropologue. Il faut être prudent et éviter le piège de l’enfermement.
          Jean-Paul Hugot, sénateur (RPR) du Maine et Loire et maire de Saumur, estime que cette revalorisation de l’histoire et de la mémoire locales, si elles véhiculent une démarche identitaire qui peut apparaître parfois comme passéiste, est surtout “ une vision généreuse de l’avenir ”. “ Nous ne pouvons entrer dans des ensembles plus vastes, dit-il qu’en apportant à nos interlocuteurs quelque chose à échanger ; on ne peut rien donner si l’on ne s’est pas déjà approprié sa propre histoire, sa propre culture, sa propre langue, son propre terroir.

          Pour Frédéric Néraud, maire de Dordives (Loiret), secrétaire général adjoint de la Fédération Nationale des Maires Ruraux, “ face à l’engouement, à l’attente des administrés, il y a une nouvelle prise de conscience des élus qui tous privilégiaient, il y a quelque temps, les équipement collectifs ”. “ Ce besoin de recherche de l’histoire locale, poursuit-il est d’autant plus fort dans une commune que cette dernière ne jouit pas d’un patrimoine architectural très riche.

          L’histoire locale est donc de plus en plus revisitée. Désormais, beaucoup de municipalités consacrent une enveloppe financière conséquente et sollicitent les connaissances de divers spécialistes pour cette revalorisation de leur passé. Anniversaires, célébrations, publications, expositions ... on commémore sans lésiner. On célèbre sans compter.

          Créée en juillet 1996, la Fondation du patrimoine, dont l’objectif est de “ promouvoir la connaissance, la conservation et la mise en valeur du patrimoine non protégé ” participe à sa manière à ce mouvement. “ Nous avons besoin de nous réapproprier notre pays, son passé, pour nous projeter vers l’avenir ” dit Olivier de Rohan, son directeur général.

          Au delà du désir jamais vraiment exprimé publiquement de secouer la chape pesante d’un jacobinisme aussi puissant que réducteur, cette reconnaissance des lieux et de la mémoire des “ pays ” mise en œuvre par de plus en plus de responsables locaux, peut servir de support à la création d’activités nouvelles ou de moteur de développement touristique.

- Le Monde du 10.10.1998

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