Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LA PAGE DU SOURIRE

FOIRE A MENOU

dimanche 20 décembre 1998, par François Mouton, Luc Delemotte


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          Alors que, jeune galopin, j’usais mes fonds de culotte sur les bancs de l’école des garçons, Rue Camille Margaine (... ça ne date pas d’hier, hélas ! ...), l’instituteur, à l’occasion d’une leçon d’histoire sur la première guerre mondiale, nous posa la question suivante : “ Pourquoi le 11 novembre est-il un jour férié ? ” Avec un ensemble parfait, toute la classe répondit : “ parce que c’est le jour de la foire à Menou ! ” Bien sûr, ce n’était pas la réponse espérée, mais celle-ci traduit l’importance que pouvait avoir pour nous ce qui était l’événement de l’année, non seulement pour les ménéhildiens, mais aussi pour tous les habitants des environs, enchantés de venir se mêler à la grande foule qui ne manque jamais de remplir les rues de la cité pour la circonstance.

          Deux bons copains, que je nommerai Pierre et Paul pour faciliter les choses et qui habitaient l’un près de l’autre dans un petit village du canton, avaient décidé de se retrouver à la foire de la Saint Martin, leur objectif secret étant beaucoup plus de “ faire la foire ” que de visiter celle-ci, ce qui n’était pas vraiment étonnant, car il s’agissait là de “ deux sacrés taurés ! ” comme on dit dans notre bon patois d’Argonne.

          Arrivé le premier, Pierre, planté sur le trottoir, devant le Goulet Turpin (magasin situé à l’entrée de la rue Chanzy, disparu depuis bien longtemps et remplacé par celui d’un opticien dont je tairai le nom pour ne pas être suspecté de publicité clandestine ! …), le nez au vent et la casquette inclinée sur l’oreille, regardait défiler les passants (… mais surtout les passantes ! …), exercice tellement captivant qu’il ne vit pas arriver son compère. Paul, lui, avait parfaitement repéré son copain et surtout, remarqué le portefeuille qui dépassait de la poche arrière de son pantalon. Comment résister à une telle tentation ?

          S’approchant avec des ruses de Sioux, il entreprit d’extraire, millimètre par millimètre, le fameux portefeuille, sans éveiller l’attention de son légitime propriétaire. Il n’avait, malheureusement, pas remarqué que deux honorables représentants de la maréchaussée suivaient son manège avec beaucoup d’intérêt. Aussi, lorsque, le portefeuille à la main, il se redressa avec un grand sourire sur les lèvres, et plutôt fier de son exploit, fut-il tout surpris de sentir s’abattre sur son épaule la main d’un gendarme et d’entendre les paroles suivantes : “ Tu es pris, vaurien, et en flagrant délit, par dessus le marché ! ” Quant à Pierre, se retournant tout surpris, il comprit tout de suite ce qui se passait et c’est alors qu’il lui vint une idée diabolique : “ mais c’est mon portefeuille, s’exclama-t-il ! On ne peut même plus venir à la foire sans se faire voler ! ” Paul, rendu muet par la stupeur, se mit ensuite à protester avec véhémence, essayant d’expliquer qu’il s’agissait d’une farce.
          Il comprit qu’il était mal parti en entendant l’infâme Pierre déclarer : “ Je ne connais pas cet individu. Je ne l’ai jamais vu ! ... ” ... et le malheureux Paul fut embarqué manu militari à la gendarmerie, conclusion pour le moins inattendue.

          Deux heures après, estimant que la plaisanterie avait assez duré, Pierre se présentait à son tour et déclarait : “ Il s’agit d’une blague, nous sommes de bons copains et je n’ai pu résister à l’envie de lui jouer un fameux tour ”. Les gendarmes, eux, n’apprécièrent pas du tout ! Ils finirent par relâcher Paul .... mais pour enfermer Pierre, coupable de faux témoignage et d’outrage à magistrats ; ce qui lui valut de passer le reste de la journée et la nuit suivante “ sur la paille humide des cachots ”, selon la formule consacrée.

          Le lendemain midi, de retour au village, il dut affronter, en plus, la colère d’une épouse au demeurant fort acariâtre, furieuse, car elle était persuadée que son pendard de mari avait découché pour se livrer à d’innommables débauches.

          Que vouliez-vous qu’il fît ? Demander le témoignage de Paul, pour prouver son innocence ? Il n’en était pas question, ce chenapan ayant été trop heureux de profiter de l’occasion pour lui “ rendre la monnaie de sa pièce ”. Alors, stoïquement, il courba le dos sous l’orage, ruminant amèrement sur les dangers de la foire à Menou ...

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