Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Le planteur de Caïffa.

mardi 28 septembre 2010, par Nicole Gérardot


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L’hiver dernier, j’ai fait la connaissance de Jacques Gilabert. C’est un curieux personnage. Il se fait appeler « le colporteur ». Il en a d’ailleurs pris le costume. Il se présente en effet vêtu d’une blouse noire et d’un pantalon de velours. Il a une barbe poivre et sel. Il porte un chapeau et sur son dos une hotte, une vraie hotte de colporteur dans laquelle il a rassemblé d’authentiques objets que vendaient ces commerçants ambulants : boutons, fil, lacet, aiguilles, épingles à cheveux, peignes, papier à lettre et bien d’autres choses encore…
Ces objets, il les a glanés lors de ses nombreuses pérégrinations sur les bords de la Loire d’où il est originaire, mais aussi en Anjou, en Bretagne, en Auvergne… Il a aussi récolté de nombreuses histoires qu’il raconte. Il est venu dans la Marne et j’ai eu le plaisir de l’écouter.
Pourquoi vous parler du « colporteur » ? Parce qu’une histoire de J. Gilabert a éveillé en moi des souvenirs. C’est l’histoire du « Planteur de Caïffa ». Ma grand-mère en parlait. Je me suis renseignée auprès de personnes âgées qui m’ont confirmé se souvenir des vendeurs de Caïffa. Elles me les ont décrits avec leur carriole, chargée de marchandises, parfois tirée par un chien et qui passaient dans tous les villages de la région. Voici l’histoire du planteur de Caïffa telle que la raconte notre colporteur :

"Le planteur de Caïffa est né dans les années 1880, quand Michel Cahen, qui était petit épicier rue Boulitte à Paris, décide d’acheter, dans le port du Havre, une cargaison de café, d’un bateau qui avait sombré et dont personne ne voulait. Il étala les grains de café dans de grands entrepôts, les fit sécher, torréfier et conditionner en petits sacs de 125 grammes, vendus par des colporteurs.
A cette époque, tout le monde ne buvait pas de café, c’était une denrée rare et très chère. En le vendant par petites quantités et à un prix intéressant, il le rendit accessible à une grande partie de la population. Ce fut un succès.
Quand tout fut vendu, il fit venir de Caïffa, une île d’Amérique du sud où il y avait des plantations (d’où le nom de « Planteur de Caïffa »), du café qu’il vendit de la même façon. Devant l’engouement du public pour le produit et le mode de distribution, il créa des agences et des succursales partout en France.
Au début, il ne vendait que le café, puis ensuite, toutes les épices et de la mercerie. Il existait des entrepôts dans les grandes villes, des magasins dans les petites, d’où partaient en campagne les colporteurs, livreurs du « Caïffa ». D’abord en carriole à main, souvent tirée par des chiens, en triporteur, puis en carriole à cheval.


Image populaire de celui qui venait, jusqu’aux portes des habitations, proposer ses produits.
De la petite carriole verte à trois roues était extrait : café, tapioca, sucre, cacao, gâteaux secs, pâtes, chocolat, boîtes de sardines, amidon, fil, boutons, aiguilles, produits d’entretien à la marque du Caïffa. Ce fut le premier à instaurer le timbre-prime pour fidéliser sa clientèle. Contre un paquet, on obtenait un timbre, contre trois timbres une assiette, cinq une soupière, des torchons etc… Combien de ménagères ont ainsi constitué leur trousseau.
Le dernier magasin « Au planteur de Caïffa » a fermé ses portes en 1960. Voici l’histoire du « Planteur de Caïffa » telle que Jacques Gilabert la raconte. On peut la trouver dans son livre « Les contes du Père Jacques », préfacé par Pierre Bonte. C’est avec son autorisation que je vous la transmets.
En plus d’être conteur, Jacques Gilabert a créé le musée des vieux commerces à Doué-la-Fontaine dans le Maine-et-Loire. Chaque été, il organise des remontées de la Loire sur des gabares pour suivre la route du sel. Actuellement, il répertorie les fours à pain de sa région encore en état. C’est une idée, qu’en pensez-vous ?

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