Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

A propos du patois argonnais.

samedi 25 septembre 2010, par François Duboisy


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Une question avait émergé dans une commission de l’association du « Projet de parc naturel d’Argonne » : « Existe-t-il un patois argonnais et si oui, constitue-t-il un élément du patrimoine de la région et concourt-il à son identité ? »
Je me suis donc engagé à essayer d’apporter une réponse à cette triple question. Comme il est déconseillé aux personnes âgées de sortir en temps de canicule entre 12h et 17h, cet été, j’ai consacré ce temps à consulter cinq ouvrages qui devaient éclairer ma lanterne.

On a beaucoup écrit sur le patois argonnais. L’œuvre de référence reste la thèse de Jean Babin éditée chez Klincksieck en 1954. Cette thèse de doctorat, commencée en 1936 porte sur 841 mots et 76 localités. Je n’ai pas pu la consulter à la bibliothèque de Sainte-Ménehould (la consultation de tels ouvrages n’est plus possible depuis des années), ni me la faire prêter. Mais je suis certain que je ne m’y serais pas plongé, tant l’œuvre est colossale. Aussi, j’ai lu :

- Essai sur le patois de Florent : de l’abbé Jamel, supérieur de l’institution Saint-Etienne de Châlons-sur-Marne, édité en 1902 par Martin frères éditeurs. Ce livre contient un précis grammatical, un vocabulaire de 2000 mots et dialogues en patois. On ne sait pas pourquoi cet abbé érudit, à la plume élégante, s’est intéressé à Florent, même s’il précise qu’il a bénéficié de l’aide du curé du lieu.

- Contes rustiques et folklore de l’Argonne : de l’abbé Louis Lallement, curé de Recy, publié en 1913. Cet ouvrage réunit des contes écrits, soit en français, soit en patois. Suit un glossaire de 2000 mots avec précis grammatical analysant le patois de Florent qui, selon l’auteur, concernait sans grande variante, la proche région de Sainte-Ménehould. Bien entendu, l’abbé Lallement avait lu l’œuvre de l’abbé Jamel. Il y fait parfois référence. On ne s’étonnera pas de constater que son glossaire ressemble comme un frère à celui de son prédécesseur.

- La vallée de l’Alin est un travail de l’abbé Paulin paru en 1934. Un de nos fidèles abonnés, Michel Lesjean, nous en a envoyé quelques pages qui s’intéressent au parler de ce pays proche de Challerange. Pour succinct qu’il soit, ce document nous donne une référence pour le patois de l’Argonne du nord.

- Dictionnaire du français régional de Champagne de Michel Tamine, Bonneton éditions, 1993. Ce livre, signé par un universitaire rémois, pourtant réputé pour son sérieux, est sans intérêt. On peut penser que l’auteur a répondu à une commande pour rédiger ce livre qui s’insère dans une collection. Il n’est pas question de patois mais de parler champenois, notion bien floue et peu pertinente. Ce travail est d’une étonnante médiocrité où l’on trouve pêle-mêle mots figurants dans le Larousse et des termes liés à des métiers choisis arbitrairement. Un livre d’aucune utilité m’a confirmé un linguiste canadien qui s’intéresse à nos parlers.
- Le parler de Charmont de Gilbert Maheut, A.R.E.R.S., 1975. Voilà du sérieux. L’auteur n’est qu’un « modeste » directeur d’école, mais attention, de la vieille école, curieux, érudit, rigoureux : un autodidacte d’exception. On ne peut qu’être admiratif devant ce travail documenté, exhaustif, même si le traitement mathématique d’un sondage peut laisser perplexe tant l’échantillon est faible (24 personnes). La seule lecture de cet ouvrage est suffisante car, pour chaque mot, l’auteur ajoute à la forme de Charmont, celles trouvées dans ses différentes lectures. Ainsi serons-nous renseignés sur les patois de Givry et de la région de Sainte-Ménehould.

Quelques réflexions à la suite de ces lectures :
- L’étude du patois d’un village, d’un pays est une tâche impossible. Alors pourquoi s’y risquer ? Le patois est une langue parlée et chacun veut en faire une langue écrite, ce qui dérouterait nos anciens patoisants qui ne s’y reconnaîtraient pas. Comment transcrire tous ces sons escamotés, chuintés, sifflés, secs ou mouillés ? Pour ce faire, Gilbert Maheut utilise l’alphabet phonétique élaboré par Paul Passy en 1886, quant aux deux abbés, ils donnent quelques indications succinctes de prononciation liées à la transcription qu’ils ont choisie. Mais on est toujours dans l’à-peu-près.

- Plus personne ne parle patois en Argonne. Certains sujets seraient en mesure de le faire s’ils trouvaient des interlocuteurs patoisants, mais une telle éventualité est rare. Par contre, on rencontre encore de nombreuses personnes qui le comprennent (nous en comptons au moins deux dans notre conseil d’administration).

- Des mots, voir des locutions sont entrés dans le langage courant local. Ainsi ma mère, qui n’était pas patoisante, ni même argonnaise, utilisait des mots de patois. Afutya (objets de peu de valeur), Agobilles (sens voisin), Agoyé (avaler de travers), Agalé (geler) A la frech (au déclin du jour ou de la nuit), A la r’voyure (au revoir), Alé à schlof (aller dormir) Aoté (être embourbé), Arké (marcher) Aspouyé (secouer). Voilà pour les seuls mots commençant par A. Au milieu du siècle dernier, tous les argonnais employaient ou au moins comprenaient ces mots. La frontière entre le patois et le parler « vulgaire » n’était pas bien définie.

- Existe-t-il un ou plusieurs patois argonnais ? Il se dit qu’il y avait autant de patois que de villages. Mais il se dit aussi que tous les argonnais se comprenaient lorsqu’ils se rencontraient à la foire de la Saint-Martin ou en toute autre occasion (fête au village, cérémonies…)

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