Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

C’était il y a 100 ans.

Les séparatistes de La Grange aux Bois.

mercredi 29 août 2007, par John Jussy


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La Grange aux Bois, écart communal, a toujours eu un statut spécial, presque unique en France, puisque, bien qu’ayant une église et une mairie, cette commune fait partie intégrante de Sainte Ménehould.
Et il y a toujours eu des personnes qui voudraient que « la Grange » soit indépendante.
Dans le journal « La revue de la Marne », numéro du 10 juin 1904, est parue une lettre ouverte, écrite avec un style humoristique, voire moqueur, à l’adresse du maire de l’époque, Adrien Moulin, élu en 1903.
Dans cet écrit, on retrouvera surtout les grands changements techniques, gaz, électricité, eau, etc… qui ont changé à cette époque la vie des habitants, du moins, si l’on en croit les séparatistes, de ceux du centre ville.

Lettre ouverte à sa majesté Adrien Ier
Roi des Ménéhildiens.


Auguste Sire.
Je sais que votre grandeur règne sur la cité. Bien des améliorations ont été faites et il paraît que beaucoup d’autres sont en projet. Mais il nous semble que vos ministres et vous ignorez qu’en dehors de la capitale, votre royaume comprend une province qui aurait besoin qu’on s’occupe un peu d’elle.

Permettez à un groupe d’habitants de cette province, Paysans et Bocquillons, de venir se jeter humblement à vos pieds pour vous prier de leur donner quelques renseignements sur une pétition qu’ils ont faite pour se détacher du royaume.
On dit que depuis plus d’un mois dort dans vos cartons le dossier de ce projet. On dit que M. le Préfet de la Marne a autorisé une enquête et qu’il ne dépend que de vous qu’elle soit faite bientôt.
On dit qu’il vous manquait une pièce mais qu’elle est parvenue dans vos bureaux avec quelque chose de désagréable pour vous. Cependant nous ne voyons rien venir. Il est vrai que nous sommes bien éloignés de la capitale, et puis vous avez peut-être besoin de réunir votre conseil des Ministres et ses délibérations sont laborieuses.
On dit que certaines gens prétendent que vous y mettez de la mauvaise volonté. Oh les méchants !…
On dit que vous tenez à nous garder longtemps encore avec vous pour nous faire la charité… Sire ! vous êtes trop bon roi ! tant de bonté nous confond et nous ne voulons pas en abuser ! Votre entourage prétend que nous serions misérables si nous vous quittions : que nos pauvres sont tous les jours à la porte de votre palais pour implorer des secours, que tous les jours arrivent de nouvelles plaintes et de nouvelles demandes.
Cependant votre capitale possède un beau palais qui n’a encore servi qu’à loger des touristes [1]. Et la province n’a pas une salle de mariage. La capitale a un beau collège neuf [2], une école de garçons neuve, on va bientôt bâtir une école des filles [3] ; et nos écoles sont vieilles, malsaines et menacent de tomber en ruines. La capitale a le gaz qu’elle va remplacer par l’électricité [4], elle aura des bornes fontaines En [5], de la belle eau claire et limpide qu’on ira chercher bien loin, et nous, nous aurons nos rues sans même un quinquet [6], nos abreuvoirs boueux [7] et nos chemins défoncés. Ce qui n’empêche pas la province de payer sa part dans les dépenses - le paysan a bon dos- et la docte assemblée de votre royaume se plaindra encore que la province lui est à sa charge.


Notes

[1Il doit s’agir de la salle des fêtes (le Kapittel) construite en 1903. Dans les journaux de la même époque, on signale que les concerts et le théâtre ont toujours lieu à l’hôtel de ville.

[2Le collège Chanzy fut reconstruit à cette époque à l’exception des dortoirs donnant rue Chanzy ; la réception provisoire des nouveaux bâtiments eut lieu le 17 avril 1903.

[3En fait c’est dans les bâtiments inoccupés de l’usine de pastilles Géraudel que s’installera l’école des filles, aujourd’hui le « groupe Buirette ».

[4La ville sera électrifiée en 1907

[5octobre 1902, Madame Bournizet légua une somme de 200 000 F pour l’adduction et la distribution d’eau potable en ville.

[6Un quinquet était une sorte de lampe à huile.

[7La Grange aux Bois avait 2 abreuvoirs : un à l’angle de la route nationale, sur le terrain de la fête, le deuxième en face de l’église. Les journaux des jours suivants faisaient état des séances houleuses du conseil municipal. Constat doit être fait que ces séparatistes n’ont pas eu gain de cause, malgré une enquête, ce que nous appelons aujourd’hui une « étude » …

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