Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LA Page du Sourire

UN MORT VIVANT

Histoire vécue en Argonne marnaise , en 1887

vendredi 26 mars 1999


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          Mais les florentins n’en restèrent pas là. Le 20 août de la même année, ils font éditer par Eugène Garaudel, gérant anarchiste de l’Imprimerie d’Argonne, un brûlot qui s’en prend avec humour et même parfois véhémence à la capitale de l’Argonne et à ses habitants mais aussi fournit maintes informations sur la vie de la cité :

Ménou -Ménou ! ...
(Air : Sur l’air du tra la la la)
I

Les joyeux habitants d’la vill’ de Sainte-Ménou
Ont, depuis quelques mois, bien rigolé sur nous !
C’est not’tour à présent, d’éplucher leurs vertus
Leurs moeurs et leurs coutumes, leurs vices et leurs abus
Sur l’air du tra la la la etc...

III

Si vous désirez voir les beautés de cett’ville
Visitez en détail le vieil hôtel de ville
Vous trouverez, à gauche, un superbe théâtre
Caché, pour le moment, sous plusieurs couch’s de plâtre
Sur l’air du tra la la la etc...

V

Poussez un peu plus loin, entrez dans la prison
Où vous verrez cachés sous de noirs capuchons
Des bandits, des voleurs. Oh ! Charme tout puissant
Vous n’y trouverez pas un seul typ’ de Florent !
Sur l’air du tra la la la etc...

VII

En passant rue Chantereine, ne vous arrêtez pas
Ne tournez pas la tête, évitez les faux pas
Y a des blanchisseuses très fort’s sur leur métier
Qui connaiss’nt la manièr’ de tout bien nettoyer.
Sur l’air du tra la la la etc...


IX

Il existe près du Jard un’ superbe rivière
Qui passe d’puis longtemps sous les arch’s du pont d’pierre
Son eau comm’ le cristal est si limpid’ et pure
Elle réfléchit les cieux, les arbr’s et la ... verdure
Sur l’air du tra la la la etc...

XI

Tous les jours de la semaine, de jeunes polissons,
Y pêchent en quantité de très mauvais poissons.
Chez nous, faut pas en rire, le poisson qu’on taquine,
Ce sont de jolies bott’s renfermant des sardines.
Sur l’air du tra la la la etc...

XIII

Au centre de la ville, il exist’ deux “ journals ”
Qui sont certainement tous les deux très “ morals ”
Tous deux, à grands cris, prêchent la liberté :
Tout pour le pauvre peupl’, c’est leur moralité !
Sur l’air du tra la la la etc...

XV

Ils sont plus heureux qu’nous, ils ont un télégraphe
Qui corrige heureus’ment leurs faut’s d’orthographe.
Avant l’hiver prochain, sans qu’çà n’épate personne,
J’établirons, chez nous, un splendide “ saxophone ”.
Sur l’air du tra la la la etc...


XVII

Le jour d’la St Martin, c’est leur grand jour’ de foire,
Mais chaque année la foule diminue, c’est notoire ;
A la fête de chez nous, malgré l’ temps des moissons,
On élargit les rues, on recule les maisons !
Sur l’air du tra la la la etc...

XIX

Sur douze cents électeurs, il s’en trouve cent quarante,
Qui vont voter pour ceux que l’ambition tourmente.
O prodige ! O miracle ! O combl’ de l’innocence,
Ils remercient les gens de cett’ preuv’ de confiance !
Sur l’air du tra la la la etc...

II

Celui qui composa les scies et les chansons
N’a pas, je vous le dis, fait toujours tant d’façons
On l’a vu, bien des fois et d’un air conquérant
Courir la prétentaine dans les rue de Florent.
Sur l’air du tra la la la etc...

IV

Faut admirer sans faute la superbe sculpture
Qui décore la façade de la Sous-Préfecture
Son orgueil éblouit cett’construction bâtarde
Qui lui fait vis-à-vis et nommé corps de garde
Sur l’air du tra la la la etc...

VI

Poussez plus loin, vous verrez du ciel
Le plus grand des bienfaits : la Pastille Géraudel :
Ce produit merveilleux, si vanté à la ronde
Et qui a déjà fait plusieurs fois l’tour du monde
Sur l’air du tra la la la etc...

VIII

Si par malheur pour vous, y a nécessité
Grand Dieu ! N’ayez jamais la foll’ témérité
De passer dans l’égout qui a nom rue Lamotte
Sans prend’ la précaution de r’trousser votr’culotte
Sur l’air du tra la la la etc...

X

Non loin de là, existe le fossé des Remparts
Où se lavent chaqu’matin les jaunes étendards
Des enfants en bas âge qui se sont oubliés
Et qui, dans leurs drapeaux, ont commis des excès.
Sur l’air du tra la la la etc...

XII

Ils ont de l’eau croupie au fond de tous leurs puits
Où vienn’nt se perdre en masse leurs dégoûtants conduits.
Chez nous, nous faisons mieux : de peur que l’eau s’corrompe,
J’ons bouché tous nos puits et j’ons acheté des pompes.
Sur l’air du tra la la la etc...

XIV

Faudrait que vous soyez de fameux cornichons
Si vous vouliez pas goûter leurs pieds d’ cochons !
Suivez bien mon conseil : à l’heur’ du déjeuner,
C’est à l’hôtel de Metz qu’il vous faut pénétrer.
Sur l’air du tra la la la etc...

XVI

Les prom’nades de la ville sont vraiment sans pareilles,
Franch’ment on peut bien dire que ce sont des merveilles.
Leur beau “ Jard ” et leurs beaux “ Ormes ” et leurs remparts modèles,
Où se promènent sans cesse de nombreuses sentinelles.
Sur l’air du tra la la la etc...

XVIII

On se croirait vraiment en temps de carnaval,
Quand il faut compléter l’conseil municipal.
On fait des réunions, on écoute des braillards,
Qui expliqu’nt la manière d’élever les homards !
Sur l’air du tra la la la etc...

XX

En toute chose, il faut considérer la fin :
On aperçoit toujours, dans l’œil de son voisin,
Un fétu de bêtise, quand on a chez soi,
Depuis le rez de chaussée jusqu’au dessus du toit !
Sur l’air du tra la la la etc...


FLORENTINE DE LA MORGNIE
pour copie conforme :
Louis DUPONT
Florent, le 20 août 1887
Ste Ménehould, Imprimerie de l’Argonne - Eug. Garaudel, Dir.



***


          Et aujourd’hui, où en est cette rivalité ?


          On peut penser que la hache de guerre est enterrée entre les deux communes, surtout depuis que Florent a donné un maire à Ste Ménehould.

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