Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LE BOIS « DALY » ou du « CHAMP D’ASILE »

dimanche 21 mars 1999, par Pierre Béguin


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          Comme nous l’avions évoqué dans la chronique « souvenir d’enfance » du petit journal n°2, je rappellerais à la mémoire des anciens lecteurs ce que représente encore pour moi le bois DALY autrefois nommé « CHAMP D’ASILE ».

          Situé en bordure Nord de la départementale 382 de Ste Ménehould à Vouziers, sur la commune de Chaudefontaine, cette plantation forestière de quatre hectares a pour limites à l’Ouest, le chemin rural dit « de Vaux », à l’Est, le parc de la famille BAZINET et un pré verger dépendant de la propriété de Monsieur Simon MERY, en bordure du « Chemin de Bignipont » vers le Nord et le Nord-Est des terres labourables, prolongées par un très beau bois ayant appartenu au début du siècle à un certain Monsieur LALLE.

          Ce périmètre à multiples décrochements, a été heureusement redressé et régularisé lors des opérations du remembrement réalisé il y a une quinzaine d’années, sur la commune de Chaudefontaine.
          Ce versant, partant du plateau de Vaux et orienté en pente vers le Sud-Est, est constitué en majeure partie d’un sous sol de « gaize », terre sablo-argileuse imperméable et donc favorable à la forêt pour des essences supportant des périodes d’humidité excessive.

          Ce petit bois, constituant au début du siècle une « propriété de plaisance », comportait, à partir de la route, une entrée piétonne puis une allée charretière permettant l’accès des voitures jusqu’à une maisonnette aujourd’hui démolie et aux terrains de jardins fruitiers et autres annexes qui en dépendaient au Sud.

          Deux reliefs d’origine humaine, en forme de coquille d’escargot, étaient visibles, l’un contre la paroi Nord de la maisonnette, l’autre au Nord-Ouest, à la limite du Chemin de Vaux et des terres à labour. Vers l’extrémité Est, près du Chemin de Bignipont, une partie surcreusée de forme rectangulaire à usage de « jeu de croquet » était entourée de plantations anciennes, de charmilles.
          Enfin, plusieurs longues dépressions, orientées du Nord au Sud, dont nous donnerons plus loin l’origine, étaient encore bien visibles vers 1945-50, mais les effets de l’érosion en ont beaucoup atténué les reliefs dont les parties creuses se gorgent d’eau en période pluvieuse.

          Après avoir situé les limites et les caractères de cette propriété de plaisance qui, actuellement, se classerait sous la rubrique « résidence secondaire », rappelons, en quelques points, son histoire depuis environ un siècle.

          D’après les actes notariés, une adjudication d’août 1880 transféra la propriété des héritiers DOMMANGEZ à Monsieur Emile Antoine DEGAND, négociant à Reims, pour la somme de onze mille francs anciens. Le 22 juin 1889, ces mêmes immeubles ont été revendus par l’acheteur pour la somme de 11.900 « Francs Or », à mon grand-père, Monsieur Gustave DALY, épicier en gros et détail à Sainte-Ménehould.

          Celui-ci, amoureux de tout ce qui touchait à la forêt, y passait tous les moments de liberté que lui laissait l’exercice de sa profession. Il entretenait de son mieux ce petit bois conduit en taillis-sous-futaie. L’essence dominante était de loin le chêne pédonculé, mais quelques secteurs étaient plantés d’épicéas très serrés dont le sol était recouvert d’un épais tapis de mousse. Des frênes, des acacias, et même des merisiers étaient irrégulièrement dispersés, rendant visible une certaine bio-diversité.

          Au cours de la guerre 1914-18, la végétation forestière ne fut plus contrôlée mais, le long de la grand route, les passages de troupe montant en ligne, permirent à ces unités d’y trouver abri et refuge. D’où l’idée d’utiliser ce bois comme halte pour servir de zone de repos, de sommeil, avant d’aborder le front. Des troupes de passage et probablement des unités de service réalisèrent sur le haut du versant des fouilles creuses d’environ deux mètres de profondeur sur quatre mètres de large. Les parois latérales et la toiture étaient formées et renforcées de gros troncs d’arbres juxtaposés et superposés avec du carton goudronné et de la terre, pour en assurer la protection et l’isolation. Le plancher de ces abris était fait avec des caillebotis, permettant l’écoulement des eaux de ruissellement et le drainage des sols.
          On peut imaginer, qu’au cours de ces tristes années de guerre, de nombreux « poilus », montant ou descendant des lignes, trouvèrent dans ce bois DALY, quelques heures de repos et de sommeil, lui faisant retrouver ce rôle de « bois d’asile » qu’il avait peut-être exercé au cours des siècles passés .

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