Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

ANDRE THEURIET CHANTE L’ARGONNE

mardi 16 mars 1999, par Odile Husson


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          Chantre du Barrois avant tout et principalement de la ville de Bar-le-Duc, berceau de sa famille maternelle et patrie de ses jeunes années jusqu’à l’âge de trente deux ans, André THEURIET n’en a pas moins consacré un grand nombre de ses principaux romans à louer et faire voir l’Argonne à laquelle il voue un attachement profond, séduit qu’il fut dès ses premiers contacts avec cette terre d’enchantement.

          Entre le Verdunois et la Champagne, l’Argonne étend ”, dit-il, “ ses masses boisées entre les pays à blé ”.
          L’Argonne profonde, solitaire et mystérieuse, s’élève comme une verdoyante forteresse (Madame Véronique ) ”.
          La critique a classé, en Argonne, huit romans de son œuvre : “ Le filleul d’un marquis ”, “ Sous Bois ”, “ Madame Véronique ”, “ Le secret de Gertrude ”, “ La Chanoinesse ”, “ Tentation ”, “ Le Refuge ”, “ La sœur de lait ” ; pourtant l’auteur est revenu, dans d’autres recueils, sur ce thème de prédilection qui entre infailliblement dans son amour indéfectible de la forêt.

          L’Argonne est la plus grande forêt étudiée par A. THEURIET. Il a été aidé en cela par sa connaissance du cadastre, acquise dans ses fonctions de surnuméraire d’abord et son intérim de Varennes-en-Argonne, puis de receveur de l’Enregistrement. Il y revint, avec plaisir, en excursion libre, avec le peintre de Damvillers, Bastien LEPAGE. Tout lecteur étranger à notre forêt d’Argonne suit André THEURIET sinon à la trace, du moins à la carte. Il affiche une telle connaissance des lieux, qu’il ne s’y trompe jamais et on peut reconnaître de nos jours ce qui s’est dit et écrit autrefois.
          L’Argonne forme un tout dans son œuvre. Si administrativement la rivière de Biesme forme une frontière entre la Meuse et la Marne, il n’y a aucun esprit de séparation chez lui. On passe des terres de l’Est, Varennes ou Montfaucon aux terres de l’Ouest. La vaste plaine champenoise, Valmy, servent de cadre et s’imposent par leur contraste au massif grandiose et compact, non encore dévasté de l’Argonne de sa jeunesse.
          L’Argonne d’André THEURIET est vivante, animée par ses habitants tributaires de ses générosités. Ne voit-on pas s’activer ces descendants de verriers, issus des siècles d’histoire et les métiers qui en découlent : les brioleurs, les charbonniers, dont l’activité a servi longtemps de combustible aux verreries, jusqu’à la concurrence terrible de la houille du Nord qui les a ruinés. Les verreries argonnaises ont longtemps fabriqué ces bouteilles de champagne, merveilleuse collaboration de la forêt et des vignobles superbes de la Marne ; et les sabotiers ont fourni la chaussure de tant de paysans de tous âges. On aimait ces sabots taillés avec amour par les familles de sabotiers qui vivaient en plein bois et changeaient leur campement comme les oiseaux de passage, au hasard des coupes prêtes à être exploitées. Si le charbonnier bouge, le sabotier bouge de même. S’il possède une maison dans quelque village, il ne l’habite guère, car c’est au fond d’une combe verte, près d’un ruisseau, qu’il vit et travaille. Il utilise parfois le tremble, l’aulne ou le bouleau, mais il préfère le hêtre et ses ramures vigoureuses.
          Les sabots de hêtre, à la bonne heure ! Ils sont légers, d’un train serré et le pied s’y tient sec et chaud, en dépit de la neige et de la boue ”.
          Tels sont les métiers vus par A. THEURIET, population à part, vigoureuse et parlant haut. Ces travailleurs des bois forment la trame de fond de villages où se jouent par ailleurs aventures et drames, où l’amour chante, où la guerre passe, où les saisons se déroulent, apportant des soleils ardents ou des pluies meurtrières. Cette immense forêt est traversée de part en part par des héros qui la connaissent ou qui s’y perdent, qui la magnifient souvent et rarement la redoutent.
          C’est que, dans cette suite de villages qui s’échelonnent le long de la vallée, on vit comme ailleurs, on rit on pleure. Les aubergistes font des merveilles culinaires dans l’âtre qui flamboie et fait reluire les cuivres ou les belles vaisselles des Islettes, les paysans s’activent dans les clairières, les marchands de bois dans les coupes. Les ouvriers verriers “ suent ” et à “ l’ouvreau ” font du bel ouvrage. Les femmes de notables bavardent, médisent, colportent les potins. L’ouvroir où ces dames cousent pour les pauvres pourrait, si elles le voulaient, être un havre de charité. C’est là que se rassemblent, à défaut d’élégance citadine, la femme du notaire, la sœur du curé, la femme du pharmacien, celle du percepteur. C’est là aussi que l’on prie et que toutes les couches ferventes se rassemblent en pèlerinage et Saint Rouin est vu comme la traditionnelle assemblée où une foule multicolore se presse autour de son évêque, puis, éparpillée aux abords du sanctuaire, se livre à des agapes joyeuses, suite profane d’un jour de liesse.
          Tout cet ensemble des romans de l’Argonne offre une panoplie variée de types sociaux placés dans des circonstances souvent occasionnées par les lieux. Des intrigues, qui n’auraient pas la même saveur ailleurs, s’y déroulent, se cachent, rebondissent, traversent des vies.

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