Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

ANDRE THEURIET CHANTE L’ARGONNE

mardi 16 mars 1999, par Odile Husson


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          Dans “ La sœur de lait ”, par exemple, roman en quatre parties, qui s’étire de 1848 à 1889, depuis la thèse d’Aristide Villemier, le bon docteur, jusqu’au mariage de Savinien avec Vitaline, on assiste à une succession de revirements inattendus. Le médecin, installé sur le promontoire rocheux de Beaulieu-en-Argonne (alias la Mazurie dans le roman), est tiré, une nuit, de son repos, par d’étranges demandeurs, qui l’entraînent malgré lui dans les bas fonds d’une forêt hostile, secouée par la tempête, le long d’étangs aux bords imprécis, jusqu’au château de Malpertuis (nom transposé de Froidos en Meuse), afin qu’il y pratique un accouchement difficile. Il s’agit de la famille de Louessart, gentilshommes verriers depuis Philippe le Bel, verriers sans déroger par un privilège spécial. La jeune accouchée, Gabrielle de Louessart, blonde et fragile, inspire au médecin un amour platonique qui sera à la source du dévouement paternel d’Aristide Villemier pour l’enfant, le nouveau né, le petit Savinien, dont il surveillera l’éducation difficile due à la fragilité de la jeune mère. Le petit sera mis en nourrice à Bellefontaine, en compagnie de sa sœur de lait Vitaline, fille de la nourrice. Le ménage de la nourrice a un fils aîné, Pascal Noirtin, séminariste à Verdun. Les deux jeunes enfants vivront dans la forêt, aux alentours de Bellefontaine, un amour d’enfance très pur. L’épisode de la fontaine Georgette symbolise cet amour d’enfance et préfigure l’amour impur de la troisième partie. Dans l’intervalle, les Louessart quittent l’Argonne pour Villotte (alias Bar-Le-Duc), après la guerre de 1870, pour se regrouper avec les nobles légitimistes sous le drapeau blanc. Là, le bon docteur arrive à point pour sauver l’enfant en butte à l’hostilité de ses condisciples du collège Gilles de Trèves, où son amourette pour la jeune Claudette a fait scandale. Mais quel paradoxe ! Il venait lui apprendre l’agonie de sa mère. Plus tard, étudiant à Pairs, Savinien y retrouve Claudette et s’initie à la vie libertine.
          Dans la troisième partie, le père et le grand-père de Louessart reviennent au Malpertuis où ils fréquentent et invitent le docteur Villemier et le jeune prêtre Noirtin, frère aîné de Vitaline, devenu curé de Beaulieu. Savinien, revenu en Argonne en vacances, perverti par ses fréquentations parisiennes, se jure de posséder Vitaline lorsqu’il la revoit à la cure de Beaulieu où il emprunte des livres. Le soir, au retour de la fête de Saint Rouin, il reconduit la jeune fille chez elle, à Beaulieu. Mais, en chemin, à la fontaine Georgette, a lieu la deuxième phase amoureuse, l’amour impur. Un enfant va naître, au grand désespoir du jeune curé. Dans le plus grand silence, le bon docteur, l’ange tutélaire averti, prend tout sur lui, cache au loin, dans une accueillante maison, la naissance illégitime et adopte l’enfant. Savinien, revenu en congé au Malpertuis, visite le docteur, remarque le bambin, s’inquiète de son âge - deux ans - lit sur le petit visage la ressemblance et comprend tout. Discrètement l’abbé s’incline, demande à son évêque sa mutation à Buxières dans la Woevre et Savinien épouse Vitaline à Paris. Le messager d’amour, dans cette œuvre, est Aristide Villemier, l’apôtre de cette Argonne qui a enchanté les coeurs et les a fait revenir de leur erreur.
          Non moins émouvante est cette belle forêt dans “ Le filleul d’un marquis ”, roman, lui aussi réparti entre l’Argonne et Bar-le-Duc, transposé en “ Juvigny ”. Au bal de la Préfecture, le jeune Laurent, venu au vestiaire avec sa tante Sophie, couturière - sa mère en réalité, mais il l’ignore - remarque le beau marquis de Rosières qu’il croit son parrain. Il rêve à ce parrain superbe que la vie lui fait parfois rencontrer et dont l’image le poursuit. Il est si malheureux à la boulangerie Husson de la rue de la Couronne, que le jour où éclate au collège le scandale de ses jeunes amours pour Valentine, qui lui vaut son renvoi, qu’il s’échappe de nuit de la boulangerie et s’enfuit en Argonne, à pied, chez son parrain, dans son château du Bois d’Epense, en Marne, près des Islettes. Le marquis, alors, lui offre de poursuivre ses études à Paris. Il passe le baccalauréat et fait ses études de médecine. Cinq ans se passent. Reçu interne puis docteur, il revient en Argonne. Il partage alors la vie mondaine argonnaise entre le marquis, Mademoiselle de Fierbois, une maîtresse femme qui dirige la verrerie des Petites Islettes et la sœur du marquis, Madame de Brieules, qui voudrait marier son fils Sainte Marie de Brieules à Mademoiselle Berthe Fontenille. Mais le jeune Sainte Marie n’est pas ouvert à l’amour. C’est Laurent qui brille et plaît. La scène de la promenade en barque sur la Biesme rappelle le lac de Rousseau dans “ La nouvelle Héloïse ”. Laurent savoure son bonheur. Mais Madame de Brieules, jalouse, lui révèle qu’il est le fils du marquis. C’est le scandale, le chagrin : Berthe se rétracte et réprouve le bâtard. Blessé à jamais et ne pouvant pardonner à son père la souffrance infligée à Sophie, sa mère, Laurent part s’installer à Sermaize-les-Bains, ville d’eau de la Marne, où il devient un médecin célèbre et rencontrera l’amour sage et heureux, l’amour fidèle, en la personne de Valentine, guéri à jamais de l’amour passion de Berthe. Après une violente maladie contractée dans la forêt de Trois- Fontaines, où il a passé la nuit sous la pluie, il épouse Valentine. La maladie provoque le dénouement. Le marquis répare ses torts en épousant Sophie et en reconnaissant son fils. Le percepteur, père de Valentine, donne la main de sa fille à Laurent qui a cessé d’être un bâtard et le docteur restera célèbre à Sermaize où on continuera à l’appeler le docteur Laurent Husson.

                    A suivre...


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