Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Le drame d’une famille argonnaise.

mardi 28 décembre 2010, par Michel Halbin


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« Un fils de déporté de Clermont en Argonne parle. C’est un évènement. La mort du père dans les conditions que l’on sait a longtemps muré les familles meurtries dans un étonnant silence. On ne parlait pas du drame et l’on se sentait étonnamment marginalisés par ce statut de famille de déporté. Ecoutons Michel Halbin. »

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Le samedi 29 juillet 1944, vers 17 heures, un combat a eu lieu au centre du bourg de Clermont en Argonne, entre des éléments d’un groupe de maquisards en provenance de Boureuilles et un convoi de la Gestapo. Au cours de cet affrontement, plusieurs soldats allemands, dont un colonel, seront tués ou blessés.
A cette date, notre famille habite Vraincourt, hameau situé à 2,5 kms de Clermont, en direction de Verdun. Nos parents, Ernest Halbin et son épouse Marguerite, sont agriculteurs. Ils sont les parents de cinq enfants : Geneviève, 15 ans, Roger, 13 ans, Jeanine, 11 ans, Michel, 6 ans et Monique, 4 ans. Notre père est occupé à la moisson aidé d’un ouvrier agricole et de Roger.
Geneviève et Jeanine sont dans un parc bordant le RN3, à la sortie de Vraincourt en direction de Clermont. Elles rassemblent le troupeau de vaches laitières pour la traite du soir.
Geneviève : « Nous entendons des coups de feu d’armes automatiques et, prenant peur, nous nous cachons avec une agricultrice de Vraincourt qui allait également chercher son troupeau. »
C’est en voulant regagner la RN3 qu’elles sont prises en otage par des soldats allemands qui les menacent avec leurs armes.
Jeanine : « Pendant que les soldats emmenaient ma sœur, un allemand m’a menacé et crié »Raus !« . Je me suis sauvée et c’est en courant que je suis allée prévenir papa. »
Geneviève et sa compagne sont obligées de s’installer de part et d’autre d’une traction et doivent s’asseoir sur les ailes avant du véhicule.
Geneviève :« Il y avait plusieurs soldats blessés dans cette voiture, peut-être le colonel en faisait-il partie ? »
La traction ouvre la voie à un convoi composé de plusieurs camions. Il y a également des blessés. Trois otages, agriculteurs de Vraincourt, ont été installés dans l’un d’eux, dont les bâches ont été relevées pour mieux les voir. Direction Verdun. Entre Récicourt et Dombasle, le convoi, survolé par des avions, s’est arrêté. Arrivés à Verdun, les occupants sont emmenés à l’hôpital Saint Nicolas. Les deux femmes seront libérées tard en soirée. Elles sont hébergées pour la nuit par le propriétaire d’un café. Le dimanche 30 juillet, elles se procurent des vélos et partent en direction de Vraincourt.
Geneviève : « Au passage à niveau de Glorieux, nous avons croisé un convoi de camions. Quand je suis arrivée à la maison, j’ai appris que Papa était dans l’un d’eux. »
En effet, notre père s’était rendu à Clermont le dimanche matin pour obtenir des nouvelles de Geneviève. Les soldats allemands qui avaient encerclé le village l’avaient fait prisonnier.

Geneviève entre ses parents, Michel près de Monique assis à gauche.



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