L’aventure calédonienne.
A son arrivée, il remarque la simplicité du port, la rusticité des maisons, les routes qui ne sont alors que des chemins poussiéreux rendant les déplacements difficiles.
Il est pharmacien et, très vite, il pense à l’aviation sanitaire pour améliorer les transports. De plus, de nombreuses îles pourraient ainsi sortir de leur isolement.
Mais le pays, très bosselé, ne se prête guère aux atterrissages. « J’ai emprunté un compresseur et avec l’aide de quelques camarades et d’une dizaine de prisonniers canaques, nous avons construit dans le fond d’une vallée, deux pistes d’envol permettant de décoller par tous les vents. Puis, nous avons bâti un hangar rustique, couvert de chaume. », raconte “t-il.
Afin de faire aboutir ses projets d’aviation à Nouméa, il se fait tour à tour dessinateur, ingénieur, mécanicien-ajusteur, cantonnier et terrassier. La passion née dans sa tête d’enfant qui regardait les avions militaires se poser dans les champs de Sainte-Ménehould va devenir une obsession !
En 1934, il crée l’aéro-club qui porte aujourd’hui son nom. C’est un excellent tremplin pour obtenir le brevet de pilote ! Premier objectif : achat d’un avion : Ce sera un Potez 60. Pour le payer, une souscription est offerte à tous les calédoniens. Les dons affluent, certains même très modestes. S’y ajoutent les bénéfices d’un bal, la vente d’une belle maquette d’avion qui rapporte la somme énorme de 23 000 francs et une traite, avalisée conjointement par Henri et un autre passionné de l’aéro-club.
L’appareil acheté est baptisé « Cagou » [2]. Il vole pour la première fois le 10 janvier 1936, aux mains d’un « ancien de la guerre », Gaston Constans. Ce n’est que le 15 février qu’Henri, en place avant, effectue son premier vol en Calédonie.
Même si les pistes permettaient bien l’envol, l’atterrissage continuait à poser problème. Il fallait bien connaître la topographie des lieux envisagés, ce qui n’empêchait pas, quelquefois, de mauvaises surprises à l’arrivée ! Mais, quand l’avion atterrissait, la foule des grands jours accourait, dans un feu d’artifice de chapeaux ! En ce temps là, hommes, femmes et enfants, ne sortaient jamais tête nue. Tous voulaient toucher le bel oiseau. Beaucoup voulaient prendre le baptême de l’air, les aviateurs étaient devenus des héros.
Les randonnées se firent, d’abord dans les îles voisines, île de Pentecôte, île des Pins, et petit à petit, de plus en plus loin. Accidents et crash émaillèrent ces voyages de temps en temps. Le Potez tomba à l’eau lors d’une chasse aux pirates. Henri et son coéquipier ne durent la vie sauve qu’à d’honnêtes contrebandiers qui, loin d’être des pirates, les sortirent de ce mauvais pas. Le « Cagou », lui, n’en revint pas.
Henri acheta ensuite un Caudron Renault « Aiglon » qui devint, en même temps, le second appareil de l’aéro-club. C’était un petit avion mono moteur de 100 CV qui pouvait emporter deux personnes à 170 km à l’heure, avec une autonomie de quatre heures.
1937 :
La pharmacie d’Henri a pris une bonne allure de croisière. Sa situation confortable lui permit alors d’élaborer un grand projet : La liaison Nouméa Paris, 22 000km, avec son « Aiglon. »
Cette année là, un autre passionné d’aventures, Paul Klein, arriva à Nouméa. Il fit par hasard la connaissance d’Henri, et s’enthousiasma pour son projet. C’est ainsi qu’ils décidèrent de faire équipe. Henri a alors 31 ans et Paul 28.
La longue préparation d’un tel voyage occupa de nombreuses soirées, rien ne devant être laissé au hasard.
Autour d’Henri ; la fièvre s’empara des amis. La folle idée germa dans les esprits des Nouméens. Le projet farfelu devint évènement calédonien
Le 23 mars 1939, l’Aiglon prend son envol.... A suivre
Source principale : « Air Passion Aventure » de Robert Laffon aux Editions Pégase