Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

UN CARNAVAL TRAGIQUE à Berzieux

mardi 29 juin 1999, par Isabelle Mourlet


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Le 12 février 1755, jour de la fête du Carnaval, Jean-Baptiste AUBRIET, manouvrier, demeurant à Berzieux, fut tué d’un coup de pistolet, par le berger de son village.
Les bergers sont, d’ordinaire, gens pacifiques ; c’est dire que la mort du malheureux AUBRIET fut purement accidentelle.
Berzieux est une petite localité du canton de Ville-sur-Tourbe, distante d’environ dix kilomètres de la limite du département des Ardennes.
Or, voici comment on célébrait, dans cette région, le Carnaval :
“ Le mercredi des Cendres, il est encore d’usage, dans presque toutes les Ardennes, de brûler un mannequin, censé figurer le Carnaval et autour duquel, alors qu’il flambe, on chante des refrains de circonstance ”. Le plus souvent, on prenait soin de “ donner à ce mannequin l’attitude, la ressemblance du mari, qui, dans le village, passait pour être le plus infidèle à sa trop confiante moitié et réciproquement, d’ailleurs, sans galanterie pour le beau sexe. De là, force querelles conjugales naissaient d’autant plus facilement que ce mannequin était brûlé devant la maison de l’époux (ou de l’épouse) volage, qui, par surcroît, était gratifié d’un immense charivari. ”
Dans le pays de Vireux, “ la jeunesse confectionnait un immense pantin en paille qu’elle affublait d’oripeaux, de vêtements loqueteux aux couleurs criardes et qu’elle fichait à califourchon sur une perche. Elle le promenait ensuite dans tout le village en gémissant : “ Pauvre père Joseph ! Pauvre père Carnaval ! c’est fini ! tu vas mourir ! ” Et quant cette promenade, simulant des funérailles, était terminée, on se dirigeait vers la Meuse. Arrivés sur la berge, les gémissements, les pleurs, les hurlements recommençaient, plus abondants, plus attristés. Enfin, lorsqu’on avait loyalement et suffisamment plaint ce pauvre “ père Joseph ”, on le descendait de sa perche, on le brûlait et ses cendres étaient jetées à l’eau ”.
Dans quelques autres communes, on substituait à ce mannequin “ un jeune homme en chair et en os que l’on revêtait de foin et de paille et qu’ensuite on conduisait sur la place. Là, on simulait un tribunal qui, séance tenante, jugeait et condamnait à mort ce pauvre Mardi-Gras, représenté par le compère bénévole. On l’adossait ensuite à l’une des maisons de la place, comme un soldat que l’on colle au mur devant le peloton qui va le fusiller, et on tirait sur lui à blanc. Malheureusement, à Vrigne-aux-Bois, un de ces Mardi-Gras improvisés, fut tué par une bourre que, par mégarde, on avait laissée dans le fusil. Quand il tomba, tout le monde applaudit à la manière merveilleuse dont il jouait son rôle. Mais comme il restait toujours étendu, on courut à lui et on ne releva qu’un cadavre.
Depuis ce triste événement, on a renoncé dans les Ardennes, à ce simulacre d’exécution. ”
Une aventure aussi malheureuse arriva, en 1755, au pauvre AUBRIET, de Berzieux, bien que celui-ci ne figurât point le Mardi-Gras, mais fût un simple spectateur de la cérémonie qui se déroulait devant sa porte.
Blessé mortellement à deux heures de l’après-midi, il expirait vers six heures du soir.
Dès le lendemain, sa veuve, Marguerite LANGLOIS, déposait une plainte au greffe de la justice de Berzieux, aux fins de dommages et intérêts.
Cette plainte, ainsi que les dépositions des témoins (Pierre MUSSET, 19 ans - Claude ROUSSEL, 28 ans - Charles JULLIET, 20 ans - François MAUCOURT, 19 ans) nous apprennent que les jeunes gens de Berzieux avaient confectionné, selon l’usage, un mannequin garni de paille et revêtu d’une blouse qui était communément portée par les habitants des campagnes.
Cette “ espèce de fantôme ” - c’est ainsi que le désigne un des témoins - fut promenée sur un cheval dans toutes les rues du village. Puis on le plaça debout sur une pièce de bois, non loin de l’église, tout près de la demeure d’AUBRIET.
Ce dernier accourut au bruit et se mit à sa porte “ pour voir les personnes qui se divertissoient ”.
Or, au même instant, arrivait, avec son troupeau, le berger de la commune, Pierre FRAIRE.
L’occasion était belle, les jeunes gens ne la laissèrent point échapper.
Il convient de dire ici que le berger de l’endroit, à cause des loups qui étaient nombreux dans le voisinage, portait habituellement sur lui, un gros pistolet de fonte.
On le pria aussitôt d’exécuter le Mardi-Gras, ce qu’il fit très volontiers.
Il tira, déclare un des témoins, sur la “ représentation ” et “ une des balles, ayant passé au travers de la dite représentation, s’en fut et a tué Jean-Baptiste AUBRYE qui vint se présenter à sa porte, pour voir la susdite réjouissance ”.

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