Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La page du poète

L’ARGONNE

mercredi 23 juin 1999, par André Theuriet


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Pour compléter notre évocation d’André THEURIET, nous publions un texte souvent cité (parfois sans référence), qui décrit l’Argonne d’hier, ses paysages et ses hommes avec lyrisme mais aussi précision.
C’est certainement la plus belle page qu’il nous a été donné de lire sur notre beau pays.


L’Argonne étend ses masses boisées entre les plateaux du Verdunois et les plaines crayeuses et monotones de la Champagne. Longue de quinze lieues et faisant suite à la chaîne des Ardennes, cette forêt aux terrains tourmentés, aux mornes clairières, aux gorges escarpées, a un caractère de sauvage grandeur. Peu de routes la traversent. A l’exception d’une ancienne voie romaine qu’on nomme la Haute-Chevauchée, on n’y rencontre guère que sentiers abrupts, à demi cachés sous les fougères et conduisant à quelque scierie installée au bord de l’eau ou à quelque village enfoui en plein bois. Au fond de ces gorges et sur ces clairières vit une population à part : sabotiers nomades, braconniers intrépides, charbonniers maigres et songeurs, verriers pauvres comme Job et fiers comme le Cid ; tous gens hardis, amoureux de liberté et de franches lippées, buvant sec, parlant haut, ayant les jarrets solides, la poigne lourde et le coup d’œil juste. Au milieu des vulgarités des pays “ à blé ”, l’Argonne profonde, solitaire et mystérieuse, s’élève comme une verdoyante forteresse où se sont réfugiés les types romanesques et curieux d’un autre âge. L’automne imprègne des futaies brumeuses d’une tristesse pénétrante ; en hiver, la voix grondante des eaux grossies par la fonte des neiges semble un écho des héroïques combats de 92 dont ses défilés ont été le théâtre ; mais quand vient le printemps, toutes ces lignes sévères s’adoucissent, toute cette rudesse s’amollit ; les hêtres bourgeonnent, les pentes sablonneuses refleurissent, les sources chantent au lieu de gronder, et l’Argonne, sans cesser d’être sauvage, devient plus fraîche et plus hospitalière.

André THEURIET (Madame Véronique)

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