Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LA PAGE DU SOURIRE

LE POT AU LAIT.

lundi 24 avril 2000, par François Mouton, Luc Delemotte


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Le progrès des techniques agricoles, qui a engendré la disparition des petites exploitations, du personnel nombreux qui travaillait dans les fermes et des petits artisans, a été une des causes principales de la désertification des campagnes, désertification également accélérée par la fermeture des écoles rurales dont l’effectif fut jugé insuffisant et la raréfaction des prêtres.

Il y a quatre décennies, chaque village ou presque avait encore son curé et son instituteur, deux monuments constituant le centre de la communauté et créant une cohabitation parfois paisible mais souvent houleuse ( ... Don Camillo et Peppone, version argonnaise !), que les villageois surveillaient d’un œil attentif et intéressé.

Dans un de ces petits villages, situé à quelques kilomètres de Menou, l’école à classe unique était confiée par la sacro-sainte Inspection Académique à un jeune instituteur qui exerçait son métier à la satisfaction générale. Comme, d’autre part, le curé et lui avaient des relations cordiales, exemptes de tout orage, toutes les conditions étaient réunies pour que l’ambiance fût excellente dans cette petite commune argonnaise.
Une petite ombre venait toutefois légèrement ternir ce tableau idyllique : le jeune instituteur n’était pas très matinal et il lui arrivait parfois, alors que l’horloge indiquait impitoyablement que l’heure de commencer la classe était venue, d’être encore coincé entre ses deux draps ! Une petite entorse au règlement sur laquelle tout le monde fermait les yeux, car le fonctionnement de l’école était satisfaisant, les élèves aimaient beaucoup leur instituteur et les résultats scolaires étaient très honorables.

Ce jour là, précisément, alors que les enfants jouaient dans la cour de récréation et que l’heure était venue de les faire bénéficier de l’instruction publique, gratuite, laïque et obligatoire, le logement attenant à la salle de classe restait hermétiquement clos et silencieux.

C’est alors que s’arrêta, devant le portail de l’entrée, un véhicule automobile de marque Citroën, une traction avant, pour être plus précis, de laquelle descendit un personnage dont l’apparition créa instantanément un silence de cathédrale dans la cour. Petit, grimaçant et claudiquant, vêtu d’un costume sombre, le teint jaunâtre d’un homme torturé par des aigreurs gastriques, le sourcil froncé, il n’avait vraiment pas le « look » d’un comique troupier, c’est le moins qu’on puisse dire ! Il s’avança lentement dans la cour et demanda au gamin le plus proche : « Où est le maître ? » Trop impressionné pour pouvoir prononcer un mot, le gosse répondit en montrant, d’un geste timide, le logement qui ne présentait toujours aucun signe de vie.

Notre homme s’avança vers la fenêtre la plus proche, sur laquelle il se mit, sans succès, à cogner du poing. Il frappa alors plus fort et plus nerveusement, ce qui finit par provoquer, à l’intérieur, quelques bruits furtifs et un bâillement sonore. Au bout de quelques instants, les volets s’entrouvrirent. Il en émergea un bras gainé d’un pyjama rayé, au bout duquel se balançait un pot au lait, tandis qu’une voix encore ensommeillée bredouillait : « Aujourd’hui, vous m’en mettrez un litre et demi ! » Le bras resta tendu un certain temps, puis les volets s’écartèrent davantage, laissant apparaître un visage bouffi par le sommeil, aux cheveux hirsutes, mais dont les yeux s’écarquillèrent comme des soucoupes à la vue du personnage qui lui faisait face ! « Monsieur l’Inspecteur, excusez-moi, j’arrive tout de suite ! » ...

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