Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

DROUET ET LE DIRECTOIRE.

mardi 25 juillet 2000


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La constitution de l’an III (1795), donnait le pouvoir à deux assemblées : le conseil des cinq cents et le conseil des anciens. Le pouvoir exécutif appartenait à un comité de cinq membres, appelé Directoire, afin qu’un seul homme ne soit pas tenté d’abuser de ses pouvoirs. Cette dissolution de l’autorité engendra une période d’instabilité, qui vit les royalistes prendre la majorité dans les deux assemblées. Le coup d’état du 18 Fructidor an V les en écarta. La lettre de DROUET illustre le combat mené, dans ce contexte, à Sainte-Ménehould, entre les courants royaliste et républicain. DROUET, qui vient d’être réhabilité après sa participation à la conspiration de Babeuf, s’efforce de réintégrer la vie politique. Il s’adresse là au principal membre du Directoire.

DROUET AU CITOYEN BARRAS
Salut et Honneur
Paris, le 7 germinal au 6 de la République Française
27 mars 1798


Citoyen Directeur,

Les hommes qui se sont constamment opposés à l’établissement de la République, ceux que la fonction Royale avait, l’année dernière, porté aux fonctions publiques et dont la loi du 18 fructidor avait justifié, se sont localisés dans le département de la Marne pour, dans les élections actuelles, choisir tous les hommes que le gouvernement Républicain a réprouvé tous partisans du trône et de la Religion Catholique.

Les Républicains de la commune de Sainte-Ménehould ont lutté avec sagesse et énergie contre cette coalition dans leurs assemblées primaires, cependant, voyant que les lois constitutives de l’Etat y étaient ouvertement enfreintes, ayant essayé plusieurs fois inutilement de rappeler l’Assemblée à l’exécution des articles constitutionnels relatifs aux Assemblées primaires et n’ayant reçu pour toutes réponses que des injures et des provocations, ils ont cru devoir se séparer de leurs adversaires, protester contre leurs opérations et se constituer en une autre Assemblée primaire où ils ont procédé à la nomination de quatre électeurs d’un juge de paix et administrateurs municipaux, le tout conformément aux lois dont ils ont eu l’attention de ne point s’écarter en aucune manière.

Je n’abuserai pas de votre patience en débitant des lieux communs pour vous persuader que les opérations de l’assemblée divisionnaire doivent être préférées à celles de nos adversaires, les républicains ne veulent que citer des faits et laissent aux autorités qui doivent en connaître le soin de décider.

Il est précisément défendu, par les lois relatives aux élections, à tout citoyen d’apporter sur le bureau aucune liste déjà écrite, soit pour la déposer dans l’urne, soit pour la transcrire. Le votant doit se présenter au bureau avec le sentiment de sa dignité et sa conscience seules. Le but de cette loi est d’anéantir les effets de cabale et de l’intrigue de bien. Au mépris de cette loi, nos adversaires avaient distribué des listes aux habitants simples et insouciants des campagnes et à toutes leurs créatures. Ces citoyens arrivaient au bureau pour voter, tenant des listes à la main et à chaque élection, transcrivaient sur le bureau le nom de la personne qui était inscrite.

Nous nous sommes opposés plusieurs fois à une telle contravention. Las de voir notre voix étouffée, nous avons saisi une de ces listes au moment où un votant la transcrivait sur le bureau et nous avons reconnu qu’elle était semblable et de la même écriture que celles qui avaient été distribuées et que tous les hommes inscrits dessus étaient les ennemis naturels du Gouvernement républicain, puisqu’ils avaient été tous destitués et repoussés par lui avec les motifs les plus infamants, depuis la journée mémorable du 18 fructidor.

Il serait trop long de retracer sous vos yeux tous les autres motifs qui nous ont engagé à nous séparer, notre procès-verbal en fait foi. Je me borne, quant à présent, à vous présenter le tableau comparatif des principaux résultats des deux Assemblées. Les partisans de la Royauté et du culte catholique ont nommé pour électeurs les hommes désignés ci-après.

SAVOIR


JUSTAMONT : Administrateur Municipal de la Commune et Canton de Sainte-Ménehould, destitué par la loi du 18 fructidor.

BALLAUD : Membre du tribunal de paix du Canton de Sainte-Ménehould, destitué par la loi du 18 fructidor.

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