Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Henri Martinet, le pharmacien volant...(2ème partie)

mercredi 20 avril 2011, par Jeannine Cappy


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Henri Martinet, né à Sainte-Ménehould en 1906, était un passionné d’aviation. Devenu pharmacien, il partit en 1933 en Nouvelle Calédonie. Il y fonda le premier aéro-club et devint pilote. Avec Paul Klein, il allait réaliser un grand projet : la liaison Paris-Nouméa…

C’est le 23 mars 1939 qu’Henri s’envole à bord de l’Aiglon F-ANZO, pour un raid inédit et surtout audacieux : relier Nouméa à Paris, 22 500 km à bord de son petit avion de tourisme Caudron Renault biplace, doté d’un moteur de 100 CV. Défi d’autant plus audacieux qu’il n’est pas encore un pilote chevronné avec seulement une petite centaine d’heures de vol à son actif. Son coéquipier, Paul Klein, doit le rejoindre à Sydney.

Une traversée historique
Il part seul pour cette première étape de 1400 km qui doit l’amener à Brisbane en Australie. Etape très longue, la plus longue de tout le parcours. Il lui a fallu emporter 360 litres d’essence supplémentaires logés à la place du passager.
Le temps est beau au départ mais se gâte petit à petit jusqu’à devenir carrément hostile. L’Aiglon, malmené, secoué, monte, descend. Henri sent, pour la première fois le mal de l’air, semblable au mal de mer, le gagner.
Le doute commence à le harceler :
« Qu’est-ce que tu es venu faire dans cette galère ? Pourquoi un pharmacien veut-il braver la tempête ?
Qu’il est loin le champ de Sainte-Ménehould où les SPAD atterrissaient ! Sainte-Ménehould, la rue Robinet d’où l’on apercevait la flèche de l’Eglise Notre Dame du Château, la rue Zoé Michel où certaines maisons avaient des escaliers à leur entrée. Devant celles du Château, que de montées et de descentes avec les amis sur les grandes marches polies et luisantes. Et bien sûr la rue Chanzy avec ses maisons bourgeoises surmontées de frontons à jambages, ses façades de pierre et ses portails de bois ciré massifs et ouvragés. Il revit les galopades avec son frère Jean... »
toute son enfance !
Pourtant, il s’accroche, oubliant sa douleur. Il maintient l’avion sur son cap, l’Australie est encore loin, il faut tenir le coup ! Après sept heures trente de vol dans des conditions difficiles, enfin, c’est le sol australien.
Dès l’atterrissage, il remet avec cérémonie à la poste australienne le sac postal qui lui a été confié au départ. L’acheminement des lettres par la voie aérienne depuis la Nouvelle Calédonie, c’est aussi une première.
Puis, en route pour Sydney qu’il atteint sans problème. Il y retrouve son compagnon de voyage. Et cinq jours plus tard, le 3 avril, en avant pour l’aventure !
Elle ne se fait pas attendre ! Aux Iles de la Sonde, atterrissage en catastrophe sur une plage, hélice cassée, plusieurs jours d’arrêt forcé à Bali ! Djakarta, Singapour, Saïgon... A Karachi, le voyage est retardé de quelques jours suite à un incident diplomatique entre la France et l’Iran. Puis, c’est l’Irak, la Syrie, le survol de la Méditerranée, Chypres, Rhodes. A Athènes, l’état du moteur nécessite une réparation. Puis, voici l’Italie et enfin la France, Cannes, Lyon et le 23 mai 1939, l’Aiglon et son équipage se posent au Bourget. Paul Klein a 30 ans ce jour là !
En deux mois, ils ont parcouru 22 500km en 147 heures de vol et 48 étapes. Ces étapes, de plus de 400 km en moyenne chacune après l’Australie, ont été jalonnées d’incidents, de pannes, d’atterrissages forcés, de galères pour glaner toutes les autorisations, mais aussi d’accueils chaleureux un peu partout et d’inoubliables souvenirs comme cette réception dans le palais d’un maharadja en Inde. Enfin et surtout, l’Aiglon a tenu.
L’aéro-club de France a offert dans ses salons une réception en l’honneur des deux héros. L’exploit fit les gros titres de l’actualité. Mais les bruits de bottes qui se faisaient lourdement entendre sur l’Europe l’ont un peu estompé.

1939, la guerre...
Alors que Paul est reparti en Calédonie, Henri prend quelques semaines de vacances, mais la mobilisation stoppe ses préparatifs de retour à Nouméa.
Il est mobilisé et à partir de novembre 1939, il appartient à l’armée de l’air. Il passe son brevet de pilote militaire le 15 février 1940 (N° 28665).
On sait peu de choses sur la période 39-45. Seulement qu’en juin 40, devant l’avance de l’armée allemande, il participe au déménagement des avions Dewoitine 520 depuis la base d’Etampes jusqu’à celle de Mansouria, au Maroc, pour qu’ils ne tombent pas entre les mains ennemies. [1]
Ses états de service indiquent qu’il a effectué 11 mois et 17 jours de service actif et 4 ans, 2 mois et 13 jours de campagne... C’est tout ! Sauf la satisfaction qu’il a un jour exprimée «  d’avoir servi du bon côté ».
L’Aiglon, lui, a disparu dans la tourmente...Personne ne sait ce qu’il est devenu !


Notes

[1Certains avions français ont été détruits par leurs pilotes s’ils étaient en état de vol, ou bien alors simplement abandonnés. D’autres ont rejoint l’AFN, ce qui est le cas des escadrilles équipées de D.520 .

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