Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Henri Martinet, le pharmacien volant...

samedi 25 juin 2011, par Jeannine Cappy


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1969 : Comme il y a trente ans...
Henri apprend un jour que l’Office des postes de Nouvelle Calédonie a décidé d’émettre un timbre rappelant le raid de 1939.
Réaction immédiate : « Si vous émettez un timbre commémoratif, je réédite le voyage, avec le même type d’avion, en compagnie, de mon épouse » !
France a 52 ans et Henri, à 62 ans, retrouve sa jeunesse.
Il prévoit, cette fois, un aller–retour Paris Nouméa Paris, soit 45 000km. Il calcule les dates, voit les escales, fixe le calendrier... Il compte s’envoler du Bourget le 2 février 1969 et retour à Paris en juin.
A cette date en effet, les prototypes du Concorde et du super géant Douglas DC 10 doivent être présentés au Bourget. Henri voit déjà son Aiglon atterrir au milieu de ces merveilles de l’aéronautique...
Mais en attendant, il faut déjà le trouver, l’Aiglon !
Grâce à l’aide des services aéronautiques, on lui en signale un du côté de Lyon, un vrai, fabriqué en 1934, qui lui convient bien. Des pièces de rechange sont dénichées « dans des fonds de tiroir ». C’est la Société Rousseau Aviation de Dinard qui se charge de la remise en état de l’appareil et des modifications à lui apporter pour affronter l’équivalent du tour de la terre. Réussite totale, supervisée par les spécialistes de la compagnie aérienne U.T.A. L’Aiglon est métamorphosé. Des filets de peinture rouge sur le fond jaune soutenu accentuent sa ligne élancée. Les Martinet sont satisfaits.
Quant aux formalités, véritable marathon, elles ont été facilitées heureusement, là aussi, par U.T.A.
Administrations tatillonnes, règlements plus sévères. Insupportable pour Henri, qui fait la comparaison avec 1939 :
« Je suis plus expérimenté, mais l’opération est plus difficultueuse. La législation en vigueur m’a contraint d’installer à bord des appareils de radio, de sauvetage. Ce sont 100kg de plus dont je me serais bien passé. C’est du poids parasite et de la place en moins et qui, de plus, ralentit l’ allure : 150km/h au lieu de 180. Il me faut des obtentions de visas, des plans de vol, des autorisations de franchissement de frontière ou de survol de zones de sécurité, que sais-je encore...
Comment voulez-vous, trois mois à l’avance, connaître la minute précise et le point exact où vous comptez franchir telle ou telle zone ? Ah, c’était plus simple avant... »

L’appareil, le F-BCEV, est réceptionné par Henri le 1er février. Après la prise en mains de l’appareil et trois heures de vol pour revenir au Bourget, enfin, le 9 février, c’est le départ. France est copilote.

L’aller Paris Nouméa...
Première étape, Cannes, premier caprice de l’Aiglon, il fait trop froid, il n’aime pas ça du tout et refuse de partir. Il faut le mettre à l’abri, le réchauffer, pour qu’enfin, il consente à ronronner. Ce scénario se reproduit à Ajaccio, puis à Naples. Il ne s’en tient pas là : il lui arrive aussi d’obliquer soudainement d’un côté ou de l’autre ou mieux encore, alors que France « tient le manche » en quittant Naples, de s’arrêter brutalement en plein ciel, au dessus d’une mer agitée. Henri, qui a les réflexes rapides du pilote expérimenté, commande les manœuvres de sauvetage, le moteur se remet en route. Ils ont eu chaud ! Mais, « n’eume don », dirait-on en Argonne, ça fera des souvenirs !
Les étapes se suivent, plus ou moins mouvementées, avec juste un peu de retard sur les prévisions jusqu’en Indonésie. Là, des trombes d’eau les contraignent à se poser en urgence sur l’aérodrome de Tolioto. Arrêt non prévu, on ne les laisse pas repartir. Henri, excédé, décide de passer outre. Il décolle en hâte, beaucoup trop vite.
Quelques cinq cents mètres plus loin, l’atterrissage est encore plus rapide et surtout plus brutal. Hélice cassée, roues arrachées ou repliées, ailes endommagées !
C’est la catastrophe ! Adieu la fête du Bourget à côté du Concorde...
Henri refuse de s’avouer vaincu et décide tout même d’essayer de réparer, ce qui ne peut être fait que sur place et par un spécialiste. Monsieur Denize, orfèvre en menuiserie bois et célébrité du vol à voile français, accepte de faire le déplacement et de s’en charger. Il faut d’abord lister et acheminer tout le matériel, les outils etc. La remise en état dure un mois, la remise en route un autre mois.
Enfin, le 25 juillet, quatre mois après l’accident, devant une foule admirative, l’Aiglon reprend sa route pour une arrivée à Nouméa le 16 août où une foule d’amis et de journalistes attend les grands voyageurs.
L’Aiglon est confié aux mécaniciens pour une remise à neuf avant le 15 octobre, date de départ choisi pour la deuxième partie du périple.


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