Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La fin tragique du Lieutenant Caussé

vendredi 24 juin 2011, par Jean Hussenet


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On voit souvent au bord des routes des croix, des stèles, des monuments, qui immortalisent la fin tragique de personnes qui ont trouvé là, comme l’aurait écrit Alphonse Daudet, leur « tombe de hasard ». Une de ces stèles se trouve sur la route de Givry, après le pont de l’autoroute, à gauche : c’est celle du lieutenant Henri Caussé. Cachée entre deux arbustes, la stèle porte une inscription qui, si l’on n’y fait rien, sera un jour illisible.

Le 13 juin 1940.

Dans la matinée, le 3ème bataillon du 21ème Régiment des Volontaires Étrangers harassé par trois nuits de marche arrive à Verrières. Son commandant, le Lieutenant-colonel Debuissy, établit son P.C. dans la salle de classe de l’école. Sa mission est de protéger la mise en place du 21ème régiment d’Infanterie Colonial à l’orée de la forêt d’Argonne.
A cet effet, un peloton de motocyclistes, placé sous les ordres du Lieutenant Caussé, est chargé de ralentir les éléments avancés de l’armée allemande qui sont signalés aux abords de Sainte-Ménehould.
Après avoir camouflé leurs véhicules dans le bois du carrefour de la Présidence, ils prennent position sur la crête des Accrues, à 150 mètres environ de la route. Deux F.M. sont mis en batterie.
Le Lieutenantt Caussé, avec la témérité qui le caractérise (au début du mois, dans les Ardennes, il avait réussi à abattre un avion qui les mitraillait en rase-motte avec un F.M.), pousse une reconnaissance en avant de ses hommes, avec deux grenades accrochées à son ceinturon. Au moment où il scrute l’horizon avec ses jumelles, une rafale d’arme automatique d’une unité blindée l’atteint de plein fouet ; il s’écroule, les bras en croix, une balle a traversé son étui à cartes.
Le 30 juin, à la recherche de leurs troupeaux, des agriculteurs du village, de retour de l’émigration, réussissent à ramener leurs bêtes et à récupérer ainsi une partie de leur cheptel.
C’est au cours de cette poursuite que mon père découvre avec émotion le corps de cet officier qui repose depuis 17 jours à l’ombre d’un seigle mûrissant. Avant de prévenir les autorités allemandes, il récupère les jumelles et quelques lettres qui dépassent de sa poche, qu’il remettra plus tard à la famille du lieutenant.
Le 1er juillet, deux prisonniers français, les traits marqués par deux semaines de captivité, sous-alimentés au camp de Sainte-Ménehould, encadrés par deux soldats allemands armés, vinrent donner une sépulture à cet officier. Ils l’inhumèrent sur place dans une toile de tente avec ses grenades et son revolver. Les gardes allemands s’opposèrent à ce qu’il ôte ses armes. Quand il fut déposé dans la fosse, un prisonnier récita un « Notre Père » et les deux soldats présentèrent les armes. Minute émouvante et inoubliable dans sa tragique simplicité.
C’est en octobre 1941 que le corps fut exhumé et transféré au cimetière provisoire des Vertes Voyes.
Le Lieutenant Caussé, ingénieur des ponts et chaussées, jeune marié sans enfant, repose à Auch, sa ville natale (Pyrénées atlantiques). Sa famille a fait ériger cette stèle pour rappeler son sacrifice.
Mais n’oublions pas la devise du Souvenir français :

« A nous le souvenir, à eux l’immortalité »


NDLR : Régulièrement, Jean Hussenet entretient la stèle et ses abords et après chaque expo chrysanthèmes ne manque pas d’aller déposer une fleur. Les habitants de Verrières s’y sont rendus en 2010 (70ème anniversaire) pour une émouvante cérémonie du souvenir.

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