Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Miranda et Bolivar, frères ennemis ?

mercredi 22 juin 2011, par John Jussy


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Deux personnages n’attirent pas trop l’attention des touristes, dans la côte qui mène au site historique de Valmy où le moulin est le principal centre d’intérêt. L’un a sa statue, gigantesque, c’est Francisco de Miranda, qui fut général à la bataille du 20 septembre 1792, l’autre n’a qu’un modeste buste, c’est Simón Bolivar, un général qui n’a aucun lien avec la bataille ; Bolivar n’avait, ce jour historique, que 9 ans.
Déjà, les visiteurs pensent bien justement que Miranda et Bolivar sont des généraux d’Amérique du Sud, ils ont raison, et beaucoup font un rapprochement avec la libération du continent sud-américain, Bolivar étant dans ce cas-là plus connu que Miranda. Des « Libertador » comme disent les textes sur Internet.
Mais ce que tout le monde ignore, c’est que Bolivar a fait mettre Miranda en prison, une détention (pas la première, puisque le général fut emprisonné en France !) qui amena la mort de celui-ci.
Francisco de Miranda est né en 1750 au Venezuela, dans une famille d’émigrés espagnols ; à 21 ans, il part en Espagne, devient capitaine et participe à un conflit avec le Maroc. Après une « tournée » européenne, il arrive en France en mars 1792 et, en peu de temps, a ses entrées dans les salons révolutionnaires de la capitale. Le 28 août, on demande à Miranda d’être général de brigade dans l’armée de Dumouriez, qui était général en chef de l’armée du nord. Le 11 septembre, il rejoint l’armée et participe aux batailles de la Révolution, dont celle de Valmy. Miranda avait 42 ans. Quel fut son rôle dans cette bataille décisive ? Le texte d’Internet dit que « le génie militaire de Miranda permit à Dumouriez de triompher des armées de Brunswick »… encore un nouveau héros de Valmy…
Mais Miranda n’a qu’une idée en tête : la libération de l’Amérique latine. Bien compliquées sont les tractations, les alliances, les aides attendues de l’Europe. Dans ces luttes, Miranda va rencontrer Bolivar ; en 1811, Miranda va obtenir une victoire à Valencia contre les rebelles, un conflit qui fut le baptême du feu de Bolivar. Miranda fait alors élever Bolivar au grade de colonel…
Mais les défaites succèdent aux victoires dans cet enchaînement de conflits et, après la chute de Puerto Cabello, Miranda capitule le 26 juillet 1812 et signe le traité de La Victoria, qui ramenait la domination de l’Espagne sur le Venezuela.
Dans cette situation, et peut-être suite à un manque d’informations, Miranda fut accusé de trahison. Dans la nuit du 30 juillet 1812, un groupe de républicains, parmi lesquels se trouvait Bolivar, arrêta Miranda et le remit aux Espagnols… Ramené en Espagne, Miranda mourra dans la prison de Cadix des suites d’une maladie un…14 juillet…
Miranda, général dans les armées révolutionnaires a, à ce titre, son nom gravé sur l’arc de triomphe à Paris. C’est pourquoi aussi les ambassadeurs du Venezuela en France assistent régulièrement aux cérémonies de Valmy, comme ce fut le cas le 19 septembre 2010 au cours de la pose de la première pierre du futur centre d’interprétation.
La statue de Miranda fut érigée sur le site de Valmy en 1933, et pendant 50 ans le général fut « tranquille », car en 1983, ce fut la pose du buste de Bolivar, sur la petite place, mais un peu à l’écart, presque invisible pour les touristes. Etrange destin pour Miranda que de retrouver son frère et ennemi sur le site de la plus grande bataille de la Révolution Française.

Buste de Simón Bolivar


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