Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Editorial

vendredi 30 septembre 2011, par Patrick Desingly


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20 mars 1939, le printemps approche, la nature commence à changer de visage dans ce joli petit village d’Argonne où j’habite avec mes parents, petits agriculteurs.
Il faisait beau. La journée avait été programmée pour l’aménagement d’une place à fumier, lorsque vers 10 heures, le facteur rural de La Neuville au Pont, grand mutilé de la guerre 14-18, m’apporte une petite carte jaune, Pierrot, c’est pour toi. Rappel immédiat sous les drapeaux (je venais de terminer mon service militaire au 4ème Dragon de Verdun).
Mon père, 65 ans, grand combattant de guerre 14-18, m’a regardé une larme à l’œil et m’a dit : "La folie des hommes va recommencer, sois courageux et digne, fais
ton devoir, n’oublie pas ta famille, ton village, ton pays."
Ma mère me fit en urgence un petit colis, nourriture, caleçons, argent. Je me suis lavé et ensuite nous avons dîné dans un silence religieux. Le repas a été frugal,
ma mère pleurait.
14 heures furent vite arrivées, je suis allé dans l’écurie faire une tape d’amitié à mes deux chevaux, j’ai embrassé longuement mes parents. Le petit “ballot” sur le dos, je suis descendu sur la place en bas prendre l’autobus sans me retourner, sinon un petit regard vers le cimetière et le clocher. L’autobus était déjà bien rempli, je saluai des connaissances… (début d’un récit d’un combattant prisonnier de guerre argonnais libéré le 22 avril 1945 par l’armée russe).

Le 1 septembre 1939, sans déclaration formelle, l’armée allemande envahit la Pologne, l’apocalypse avait commencé. En Argonne comme ailleurs, les souffrances se faisaient jour et cela allait durer jusqu’à l’armistice.
Aujourd’hui, force est de constater que la commémoration du 8 mai n’est plus célébrée dans toutes les communes d’Argonne. Veut-on tourner la page, mais a-t-on
le droit d’oublier ?
Oublier que tout ce cataclysme a commencé le 30 janvier 1933, le jour où Adolphe Hitler devint chancelier de l’Allemagne, en toute légalité, le jour où on a commencé à brûler des livres avant de brûler des hommes.
Patrick Desingly, Président.

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