Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Les combats de Sainte-Ménehould en 1940

mercredi 28 septembre 2011, par Jean Hussenet


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L’arrivée des Allemands dans la ville le 12 juin 1940, peu l’ont racontée car beaucoup de civils étaient partis en évacuation. Et pourtant un Autrichien a écrit ses souvenirs de guerre dans le livre « Ob Tausend Fallen », et quelques pages concernent les combats dans la cité argonnaise. Mais Hans Haabe, ce soldat autrichien, était dans l’armée française…
Le texte a été confié à Jean Hussenet par une Padada : Gaïtane Besnier Feuvre. La traduction est de Michel Baudier de Vouziers.
Hans Habe, écrivain et journaliste autrichien, antifasciste, interdit par les nazis, a gagné la France et s’est enrôlé dans l’armée française, dans le 21ème régiment de Marche de Volontaires Etrangers. Il vivra aux Etats-Unis où il écrira ses mémoires (à Washington en juin 1946).
Lors de l’offensive allemande des 9 et 10 juin, son régiment se replie par Vienne la Ville. A Sainte-Ménehould, le régiment est chargé de protéger la retraite en retardant l’ennemi.

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"Sainte-Ménehould était le point de rassemblement de plusieurs armées qui étaient arrivées dans la petite ville de 3000 habitants par différents chemins et elles étaient maintenant jetées sur le seule route secondaire, la route de Verrières-Passavant-Commercy.
Cette manœuvre exigeait toutefois un délai : cela signifie qu’il fallait arrêter à tout prix les Allemands au carrefour de Sainte-Ménehould… La jolie petite ville autrefois connue des touristes comme point de départ de la visite des champs de bataille de l’Argonne était maintenant destinée à devenir un lieu de résistance désespérée. Totalement entourée par l’Aisne et le canal latéral à l’Aisne (les Remparts), Sainte-Ménehould est une forteresse naturelle qui ne peut être prise que par des chars lourds au prix de grosses pertes.
Le profane qui s’imagine la situation de Sainte-Ménehould doit en venir à la conclusion suivante : il faut faire sauter le pont du nord (pont des Maures, route de Moiremont) après que le dernier homme l’ait franchi, et il faut que le pont qui débouche sur le sud reste intact aussi longtemps que les divisions chargées de la défense demeurent dans la ville…
Mais qu’arriva-t-il ? Le pont nord ne fut jamais détruit, offrant ainsi aux allemands une occasion inespérée d’entrer facilement dans l’accueillante cité de Sainte-Ménehould… Par contre le pont sud fut détruit devant nous…
Quand je fus sorti de l’église avec Gabriel Kohn, j’entendis les premiers chars allemands entrer dans la ville… Sur la place, les soldats couraient d’un endroit à l’autre, cherchant un abri… Beaucoup s’allongeaient sur la chaussée, le fusil pressé à l’épaule. Ce qui est tout à fait compréhensible sur le champ de bataille prenait ici une allure grotesque… Les premiers avions apparurent. On ne pouvait plus différencier le bruit des avions de celui des chars. Une bombe tomba au milieu de la grand-place. Les pierres volèrent en l’air. On avait l’impression de ne plus savoir s’il faisait jour ou s’il faisait nuit. Chaque bombe provoquait d’abord une vive lueur, puis ensuite l’obscurité.
Je suis allongé devant l’église. Soudain j’entends une voix : « En position dans les maisons ! Arrêtez les chars ! ». Personne ne sait qui a lancé cet ordre. On obéit instinctivement. Je me glisse dans l’embrasure d’une porte de maison, à l’angle de la place et de la rue Margaine. Au même moment les chars arrivent dans la rue étroite… On ne peut s’imaginer qu’il va rester quelque chose derrière eux…
C’est alors que dans le bruit assourdissant des bombardiers qui tournent sans cesse et des chars qui s’avancent lentement vers moi dans la longue rue étroite, je distingue soudain un bruit familier : une mitrailleuse crépite à proximité. C’est un bruit presque amical, presque musical. Je lève les yeux. Une mitrailleuse tire du premier ou du deuxième étage de la maison voisine. Il tire sur les chars qui s’approchent. Et c’est comme à chaque fois qu’un élément se glisse dans un groupe qui a perdu courage. Tout à coup, on se mit à tirer de tous côtés. La tentative était puérile. Au cours de nos combats, il avait été prouvé que même les canons de 48 prévus comme antichars, étaient sans effet sur les chars lourds allemands. Seul les 75 obtenaient quelques succès. Et voilà que maintenant nous tirions avec des mitrailleuses et nos vieilles carabines. Mais peu importe ! Cela tiraille soudain de toutes les maisons. Je traverse rapidement la rue. Les balles sifflent à mes oreilles de tous côtés. Ce sont les nôtres qui se sont mis en tête de prendre la rue dans un feu roulant.
Je monte les escaliers quatre à quatre. C’est une vieille maison, assez petite, avec des escaliers en bois. A mi-étage, une porte est ouverte : c’est la porte des WC. Il n’y a rien de plus comique sur terre qu’un WC quand tout le monde se dérobe sous vos pieds.
Je ne reconnais pas les servants de la mitrailleuse. Je ne sais même pas s’ils sont de notre régiment. Mais dans la pièce d’à côté, un homme est à la fenêtre, et lui, je le reconnais, même de dos. Et en moi monte un sentiment indescriptible de joie : indescriptible, dis-je, parce que dans la vie quotidienne, l’homme parvient à s’élever au-dessus de la médiocrité habituelle pour atteindre les joies de son existence. Il faut être passé près de la mort pour comprendre ce que signifie retrouver un ami. C’est Truffy qui est à la fenêtre.
Je l’appelle. Il me fait signe de la main gauche mais sans se retourner. Je m’avance près de lui, à la fenêtre. Son bon visage poupin, tout rond, maintenant entouré d’une barbe rousse non taillée, est tranquille et calme, comme à l’accoutumée. Ses grosses lunettes toutes rondes n’ont pas glissé. Il me tend rapidement la main gauche ; puis il la serre à nouveau en forme de poing pour appuyer le canon de son revolver. Je charge rapidement ma vieille Remington, bien que j’aie peu d’espoir de voir partir le seul coup qu’elle puisse tirer à la fois.

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2 Messages

  • Les combats de Sainte-Ménehould en 1940 7 décembre 2012 03:54, par André Blitte

    Situer l’entrée des Allemands à Ste Menehould le 12 juin. me paraît être une erreur. le 21e R.M.V.E. a quitté Vieille la Ville dans la nuit du 12 au 13. La compagnie de commandement (C.C.)dont faisait partie Hans Habe, en se repliant le 11 juin a rencontré ce jour là les Joyeux du 18e B.I.L.A (bataillon rattaché à la 35e DI fin mai 1940)au passage à niveau de Manre. Après avoir passé la nuit dans un bois, la C.C. part le 12 juin matin à 8 heures, pour Vienne La Ville. Les soldats marchent de façon épuisante sur la voie ferrée Manre, Autry, Vienne-La-Ville. La cloche de la gare d’Autry répandait une sonnerie stridente ininterrompue que Georges Dési (son fils Paul est pédiatre dans l’Essonne) ne parvint pas à arrêter. Le 12 au soir, le repos prévu pour la C.C. est interrompu à minuit : ordre de rejoindre Sainte-Menehould. Et voici Hans Habe le 13 juin à Sainte-Menehould.
    N.B. précisions atteintes après lectures et relectures d’A Thousand Shall Fall, Ob tausend fallen)...
    André Blitte

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    • Les combats de Sainte-Ménehould en 1940 14 janvier 2014 17:24, par André Blitte

      1- Pour compléter d’après « La Légion étrangère en Argonne en juin 1940 » du général Bernard JEAN.
      Le 11 matin le P.C. du 21ème R.M.V.E. est à la Croix-aux-Bois ; Le 11 au soir le P.C. se trouvait dans les bois de Bouconville. Le 11, le premier bataillon est en rideau de protection sur la route de Boult-aux-Bois à Vouziers. Il décroche à minuit et après une marche de nuit s’installe vers midi dans le bois d’Autry. Il quitte le bois d’Autry vers 20 heures et arrive à Vienne-la-Ville le 13 vers 3 heures du matin. L’annulation de l’ordre de repos de 4 heures par de Buissy lui permettra d’atteindre Ste-Menehould juste a temps le 13 vers 8 heures du matin.
      Le P.C. du 3ème bataillon est le 11 au château des Rosiers. Le bataillon décroche dans la journée du 12 et arrive à Malmy le 13 à 3 heures du matin pour y prendre un repos de 4 heures, mais sur le contr’ordre de de Buissy il part à 4 heures 35 pour se rendre au sud de Ste-Menehould dans la région de Verrières. Mais il est déjà trop tard, il est sérieusement accroché et risque d’être encerclé doit se replier sur Passavant-en-Argonne en abandonnant sa compagnie d’arrière-garde, la 10e compagnie du capitaine Duvernay.
      Le 2ème bataillon arrivé dans la matinés a Ste-Menehould sera une entrave au 1er, car mis au repos malgré l’urgence par le général Delaissay...
      2- Le livre de Hans Habe (Bekessy) a été publié début 1941 sous le titre A Thousand Shall Fall (angl.)et publié en 1943 sous le titre Ob tausend fallen (all.) ; cela le rend plus fiable que s’il ne l’avait été qu’en 1945-46.
      3- Outre la stèle du lieutenant Causse, l’action de sacrifice du capitaine Benac et du volontaire russe Koudriavzeff tous deux morts le 14 juin mériterait une stèle (un beau travail de sculpteur !) a l’entrée de La-Grange-aux-Bois.
      4- Le 21ème était au plus creux de la tenaille allemande (nord-sud et ouest).

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