Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La libération de Menou

Racontée dans « L’Union Champenoise »

mardi 27 septembre 2011


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Un journal jauni de 2 pages retrouvé au fond d’un grenier : « L’Union Champenoise », organe du Comité Départemental de la Libération Nationale basé à Reims. Le n° 19 du mercredi 20 septembre 1944 parle évidemment de la libération de la France. En gros titre on peut lire : « Sur le front de 130 km d’Aix la Chapelle à Trèves, l’avance de forces alliées continue ».
Au verso, le récit des obsèques d’un châlonnais fusillé par les Allemands et un article sur la libération de Sainte-Ménehould :
John Jussy


« Des journées dramatiques précédèrent les heures d’allégresse de la libération ».
« Les difficultés de communication n’ont pas permis que nous vous rapportions plus tôt ce que furent les heures historiques de la libération de Sainte-Ménehould. Voici les détails que nous a transmis notre correspondant particulier » :

Les 29-30 et 31 août 1944 sont des dates qui resteront gravées dans la mémoire des Ménéhildiens.
C’est le mardi 29 août, alors que la retraite des troupes allemandes semblait terminée, que l’ordre de gagner les abris organisés par la Défense Passive était donné. Peu après, des incendies furent allumés route de Chaudefontaine, à la Sucrerie, rue des Remparts, rue Philippe de La Force, rue Drouet, à l’Hôtel Moderne et à la gare (Grande vitesse).
Le matériel abandonné dans les immeubles occupés par les Allemands flambait. Le pont de la route de Vitry sautait ; le pont rouge était menacé. A noter que les mines posées sur le pont de pierre furent enlevées et mises à la rivière par un groupe de patriotes de Sainte-Ménehould [1].

Les boches aux abois :
A un certain moment, les patrouilles boches, circulant dans la ville désertée, arrivent aux abris de la route de Chaudefontaine et font sortir les habitants qu’ils encadrent et amènent sur la route où doivent déboucher d’un moment à l’autre les Américains. On sépare les hommes des femmes et enfants. Moment dramatique. Quelle est l’intention des Allemands ? Se servir des civils comme couverture devant l’arrivée imminente des chars ? Ou bien une exécution en masse devant les mitraillettes en position ?
Enfin après des moments d’angoisse, la troupe de civils est emmenée à la sortie de la ville, route de Verrières et dirigée vers Elise [2].

Les victimes de la fureur teutonne :
Quelques habitants étaient déjà tombés sous les balles allemandes : MM. Millet Albert, 63 ans, au sortir de l’abri ; Claude Jules, 62 ans, avenue Kellermann ; Barbelet Lucien, 49 ans, place de l’Hôtel de Ville ; Collin Roger, 21 ans ; Léger Robert, 22 ans ; Gose Simon, 27 ans, ces trois derniers fusillés dans la cour de l’hôpital, malgré les supplications d’une religieuse implorant à genoux ; trois jeunes de Somme-Tourbe : Laloua Roger, 21 ans ; Dida Serge, 19 ans ; Gobillard Marcel, 21 ans, et un F.F.I. de Verdun : Colson Henri, 21 ans.
Dans les autres abris qui n’avaient pas été découverts, on attendait, anxieux, les évènements. La situation était tendue ; toute la ville devait, disait-on, être incendiée. La providence voulut que l’officier de S.S. chargé d’exécuter ces ordres barbares fut abattu [3]. Des éléments F.F.I. entraient en action.

Heures d’allégresse :
Enfin, vers 20 h 30, la formidable théorie des chars blindés américains faisait son apparition en haut de la ville. Une puissante rafale d’artillerie anéantissait en une demi-heure les éléments de défense qui barraient la rue Florion.
Et alors, « suave, mari magno »…, du fond des abris, dans une allégresse inexprimable, les Ménéhildiens entendirent déferler, interminable, le flot des chars puissants, propulsés farouchement vers l’Est, balayant tout sur leur passage, purifiant l’air empesté par le boche et libérant la ville après quatre années d’une existence au ralenti sous la botte allemande.


Les chars américains devant l’hôpital.


Notes

[1Le groupe des patriotes était composé de 8 individus et dirigé par Maurice Jaunet.

[2C’est Mme Virion qui, connaissant la langue allemande a pu négocier avec l’officier.

[3Il semble au contraire que ce major était contre les incendies. Il a été abattu à l’entrée de la gendarmerie (Baillon, « Ste Ménehould et ses environs », pages 186-187).

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