Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LA PAGE DU SOURIRE.

Un repas agité chez le curé de Verrières

mardi 20 septembre 2011, par John Jussy, Luc Delemotte


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Il y a des repas qui, comme on dit en Argonne, tournent au vinaigre. Ce repas chez le curé de Verrières a failli être de ceux-là ; c’était il y a bien longtemps…
Les habitants de Verrières ont toujours été appelés « Padadas », ou « Pendeurs de saint ». Ce surnom viendrait de la fin du XIIème siècle, à l’époque où le village était encore entouré de vignes.
On raconte que le jour de la Saint Didier, fête patronale de la paroisse (23 mai), les vignes qui donnaient l’espoir d’une abondante récolte furent entièrement gelées. Les habitants, furieux, attribuèrent ce désastre à leur saint Patron et coururent à l’église ; là, ils enlevèrent la statue de bois de Saint Didier, la traînèrent vers une fontaine, l’attachèrent sur une planche faisant office de bascule et plongèrent et replongèrent la tête du Saint dans la fontaine pour faire boire l’eau à celui qui les privent de vin. Les habitants criant en patois : « Luvez l’y haut l’y brigat, qu’y voyit l’y dégat qu’il y fa » ; c’est à dire « levez-le haut le brigand, qu’il voie le dégât qu’il a fait ». Enfin, après un tour dans le village, les paysans jetèrent le saint dans la fontaine, une fontaine qui, depuis ce jour se nomme Fontaine Saint Didier.
L’affaire fit grand bruit et les profanateurs furent traduits en justice par le prévôt de Sainte-Ménehould, condamnés à payer une amende considérable et obligés de remplacer la statue du Saint.
Mais voilà que quelques années après, un curé de campagne avait été prié par celui de Verrières à venir prêcher la fête de Saint Didier. Catastrophe, le curé manquait de mémoire et décrivit la vie du Saint en le faisant voyager dans des contrées où il ne se rendit jamais. Saint Didier, en effet, avait été évêque de Langres au IIIème siècle…
Tout se corsa au repas du soir chez le curé du village, où un habitant commença à se moquer du curé de campagne :
- Alors, vous avez perdu notre Saint Didier dans on ne sait quel pays, dit-il au curé d’un air narquois…
- Il vaut mieux avoir égaré le saint que de l’avoir noyé, répondit le curé.
- Mais cela s’est passé il y a quelque temps et…
- N’empêche, noyer un saint pour se venger…
S’ensuivit alors des propos qui devenaient de plus en plus malveillants quand, pour calmer les esprits, le curé du village versa du vin à ses convives, se leva et cria, le verre à la main :
- Levez haut ce brigand…
Tous les invités se mirent à rire et chacun, imitant le bon curé, but d’un trait la rasade.

Buirette (Histoire de la ville, 1837), qui raconte cette anecdote termine en disant : « Voilà un pasteur qui savait réconcilier son monde ».

Adaptation John Jussy.

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