Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

AU LOUP !!!

A Minaucourt, le Mardi-gras 1871

mardi 13 septembre 2011, par Abbé Jean Faguier, Bernard Janson


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Soudain elle se retourna et fut glacée d’effroi : un loup, un grand loup solitaire était là derrière elle, à quelques pas. Il la suivait. Elle pensa au petit chaperon rouge. « Jésus-Marie, murmura-t-elle, venez à mon secours ». Alentour il n’y avait âme qui vive. Personne sinon ce loup menaçant, sa gueule béante laissant voir ses crocs acérés. Oui c’était bien un loup avec son pelage fauve et sa longue queue, comme celui qu’elle avait vu sur son livre d’école. Elle savait que des hardes affamées, attaquant bêtes et gens, descendaient des Ardennes et du fin fond des pays de l’Est, à la faveur de la guerre et de cet hiver rigoureux.
Que faire ? Lalie se rendit compte que le loup ne se précipitait pas sur elle. Il lui fallait donc marcher jusqu’au bout sans fléchir. Quand elle se retournait furtivement, le loup s’arrêtait à six pas, mais ses yeux flamboyaient comme des charbons ardents, de yeux pleins de convoitise.

Haletante, tremblante de peur, elle eut comme une hallucination : elle crut percevoir, là-bas du côté des Hurlus et de Tahure, le hurlement sinistre des loups redoutables. Mais non, la bête était là, silencieuse, guettant sans doute sa proie au moindre signe de défaillance. Ce que Lalie entendait, c’était en fait le long gémissement des rafales de neige sur ce plateau battu par le vent. Elle arrivait à la Croix Thierry quand, dans le lointain, alors que la nuit tombait, l’angélus du soir se mit à sonner au clocher de Minaucourt. Elle se prit à espérer.

Une fois encore elle se retourna : le loup était toujours là, à quelques mètres d’elle. Mais voilà qu’elle apercevait le chemin creux qui descend au village, et tout au bout, la silhouette de l’église avec les premières maisons. Le loup était resté sur la crête, en haut de la côte, n’osant pas pénétrer plus avant, à moins qu’il ne fut arrêté par une main mystérieuse. « Dieu soit loué ! » Avec quel soulagement Lalie rentra chez elle et alla se jeter dans les bras de ses parents qui commençaient à s’inquiéter. Encore toute tremblante, elle sanglota d’émotion. A la vérité, elle revenait de loin.

Abbé Jean Faguier

N.B. : Ce récit remis dans le contexte du lieu et du temps est authentique. Bien des fois, jadis, la bonne grand-mère Eulalie a raconté cette aventure vraie à ses petits-enfants.


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