Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

MENEHILDIEN D’HIER

Marcel Margaine

mercredi 28 décembre 2011, par Yves Schandeler


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Yves Schandeler, petit fils de Robert Schandeler, qui fut ingénieur divisionnaire aux Ponts et Chaussées de Sainte-Ménehould, nous retrace la vie de son oncle Marcel Margaine décédé le 13 août 2010 à Montigny-les-Metz. Dans ces souvenirs revit un homme connu dont une rue porte son nom : Camille Margaine.

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Mon oncle Marcel était né à Sainte-Ménehould le 17 février 1922, second enfant de Martial Margaine et de Pauline née Cotez-Aubert. Nous étions très proches et l’on se voyait régulièrement à Montigny-les-Metz chez lui avec sa femme Odette et chez sa fille, ma cousine germaine Jocelyne Pietrala. Odette et lui ont eu 2 enfants : Jocelyne née en 1947, infirmière militaire puis libérale à Montigny, et Robert, (en souvenir de mon grand-père Robert Schandeler que mon oncle Marcel respectait beaucoup), né en 1949, informaticien et éleveur de chevaux de course.
C’était un homme très droit, qui pouvait apparaître rigide tant il avait le sens du devoir et des conventions de politesse, le respect des autres et de la hiérarchie ; mais il avait aussi le sens de la fête, surtout en famille, et nous partagions le goût de la musique, du chant, du verbe, de l’effort physique et du sport : il a fait son jardin jusqu’au bout, cultivant ainsi ses « patates », haricots, salades, etc… Il aimait danser et se rendait fréquemment avec son épouse Odette (qui avait été sa marraine de guerre et qu’il a épousée en avril 1945) au bal des anciens.
Que de bons moments ai-je passés avec lui, soit en jouant de l’harmonica (il jouait aussi de la trompette : poussé par sa sœur et donc ma mère Paulette, il avait joué devant l’hôtel de ville de Menou lors d’une réunion des Anciens il y a une vingtaine d’années. Il s’était également mis à l’accordéon), soit en écoutant ses conférences privées et militaires.
Il a été, lui aussi, marqué par une enfance passée en partie en pension payée par le député Alfred Margaine, son parent par son père. Il était lié à la famille Schandeler/Bussy-Hucher, et notamment aux deux aînés de mon grand-père Robert et de ma grand-mère Gilberte, mon oncle Jean et bien sûr mon père Pierre qui devint son beau-frère en 1945 !
C’est d’ailleurs mon grand-père Robert Schandeler, ingénieur subdivisionnaire (puis divisionnaire) de l’Equipement, chef de subdivision à Sainte-Ménehould, qui le recommanda à son collègue Marcel Margaine à la subdivision de Clermont.
Mon oncle échappa à la rafle de Clermont, au terme de laquelle de nombreux hommes, dont l’ingénieur Florentin, furent fusillés. Il se rendait tous les jours par le train à Clermont, et ma mère vient de me confirmer qu’il fut prévenu de ce qui se passait dans cette localité et qu’il sauta ainsi du train. Je le savais déjà par ma famille et par mon oncle Marcel, mais ma mère Paulette vient de me préciser qu’il sauta du train aux Islettes, lors du passage dans le tunnel !
Il y a quelques années, nous nous sommes rendus ensemble à Clermont, avec nos épouses, et j’ai pu constater son émotion (et ainsi sa grande sensibilité, d’habitude masquée par une grande réserve !) lors de sa visite, et son recueillement devant le monument qui rappelle ce triste épisode de la guerre, et qui liste les noms des victimes, dont l’ingénieur Florentin. Bien sûr, nous sommes, allés à Ste Menou, y compris à la chapelle Margaine au cimetière du Château.

Toujours avant de partir à l’armée et donc à la guerre, il travailla chez un notaire de Ste Menou (maman a oublié son nom) qui voulait d’ailleurs le garder pour son sérieux, son style et son sens de l’écriture. Il avait été recommandé par le député Alfred Margaine, son parent, et par mon grand-père Robert dont vous vous rappelez peut-être qu’il était le gendre de mon arrière grand-père Emile Bussy, Secrétaire en chef de la Sous-préfecture de Ste Menou puis directeur de Préfecture de la Marne à Châlons. (Marié à Laurence Hucher dont les parents tenaient un magasin de chapellerie à Menou. Le père de Laurence était Chevalier de la Légion d’honneur, et j’ai sa photo et sa médaille données par ses parents.)
Nous évoquions souvent, lui et moi, cette famille Margaine et notamment les deux parlementaires, Camille et son fils Alfred. Il était fier du fait que le député Alfred Margaine avait voté non aux pouvoirs demandés et confiés au Maréchal Pétain en 1940 à Vichy où l’Assemblée nationale avait alors été réunie ! Je crois savoir qu’ils n’étaient que 80 parlementaires à avoir osé dire non !
Mon oncle Marcel a bien sûr “fait” la guerre dont il me parlait souvent et je l’écoutais avec respect et intérêt, moi qui suis né “après guerre”, le 7 juillet 1946 à Ste Menou ! Son patriotisme, son sens du devoir et sa fierté d’avoir eu l’honneur de contribuer à défendre son pays, la France, était resté vif, et je suis heureux qu’il m’ait fait partager ses ressentis, même intimes, et ses valeurs !

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