Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Un conte argonnais : le jambon pour Noël

vendredi 23 décembre 2011, par Nicole Gérardot


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Des fermiers d’un village d’Argonne, avaient engagé une servante d’un petit village voisin. Une brave fille qui n’avait pas inventé l’eau chaude. Il fallait tout lui dire, et, même en le répétant cent fois, on était jamais sûr qu’elle avait bien compris.
Dans la cuisine, la Mère n’arrêtait pas d’expliquer ce qu’il fallait faire, de lui faire mille recommandations. Et souvent elle terminait par ces mots :
- Et le jambon, Fifine (car elle s’appelait Alphonsine), vous n’y touchez pas, c’est le jambon de Noël.
A force de se l’entendre dire et redire, elle avait bien compris que le gros jambon qui pendait dans la cuisine, c’était pour Noël.
Un jour, ses patrons partirent au marché vendre un cochon. Ils firent comme d’habitude, mille recommandations, mille mises en garde. Et de conclure :
- Et le jambon, Fifine, vous n’y touchez pas, c’est pour Noël.
Ses patrons partis, Fifine, honnête fille, fit le travail habituel. A midi, elle se réchauffa un peu de soupe. Elle la mangeait sur un coin de table quand on frappa à la porte. C’était un vieux mendiant, qui faisait la tournée des fermes. A cette époque, il y avait des mendiants qui, pour ainsi dire, avaient une tournée bien établie. On les voyait passer à jour fixe.

Les fermes, ça paye toujours. A défaut d’un sou, au moins a-t-on un peu de pain, parfois un œuf, un bout de fromage ou un fruit. Si l’on plaît à la patronne, si l’on n’est pas trop sale, si on prend la peine de conter les nouvelles, de colporter les derniers cancans, on peut même recevoir un bol de soupe ou de café, ou une pomme de terre qui a cuit avec du lard.
- Salut, ma belle. Tes patrons ne sont pas là ?
- Non, ils sont au marché de Sainte-Ménehould.
- Et ils n’ont rien laissé pour moi ?
- C’est que je ne vous connais pas. Il n’y a que trois mois que je suis ici.
- Mais voyons, c’est moi Noël.
- Ah ! C’est vous Noël. Eh bien tenez, la patronne a gardé ce gros jambon pour vous.
- Et de donner à Noël, qui partit sans demander son reste, le jambon “ pour Noël ” .
Inutile d’ajouter que la fille ne fut pas complimentée au retour des patrons.

Conte tiré de “Contes et Légendes de la Champagne et des Ardennes” de Roger Maudhuy.



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