Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Un élève de 6 ans à la rentrée scolaire du 1er octobre 1940

mercredi 21 décembre 2011, par Michel Lesjean


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* Lorsque l’on remontait la rue Berryer [3], toutes les maisons étaient détruites, dont celle que louait mon oncle Marcel. On traînait dans les décombres, les fosses sceptiques étaient défoncées, ouvertes. Un drôle d’amusement consistait à appeler un petit, l’attirer à proximité, pendant qu’un “grand” lançait une brique dans la fosse, éclaboussant le pauvre gamin, qui ne sentait pas la rose lorsqu’il rentrait chez lui. Nous étions pris une fois mais pas deux… !

Le faubourg de Verrières, aujourd’hui la rue Berryer


* Je me souviens également, c’était durant l’année scolaire 1941-1942. Nous étions dirigés par une demoiselle institutrice, elle était belle mais très sévère. Pour quelles raisons la classe était-elle punie, je ne me souviens plus ? Nous devions rester après la classe une heure de plus à faire des lignes. La nuit commençait à tomber (heure allemande), en tout cas je n’étais pas content et le manifestais à mon voisin de table. Je lui dis :“ La maîtresse est une vieille négresse !”. Aussitôt dit, mon voisin va ragotter (dénoncer) à la maîtresse. “Ah ! je suis une vieille négresse ! Lesjean, tu resteras une heure de plus !” Vous pensez ! lorsqu’elle m’a lâché aux environs de 7 heures du soir (on ne disait pas encore 19 heures), il faisait nuit noire. Remonter la rue Berryer sans éclairage (même dans les autres rues à cause des avions), au milieu des ruines, je me suis mis à hurler ! Des pas, j’entendais des pas…. C’est une dame qui s’est inquiétée de mon sort et qui, bien gentille, m’a reconduit chez moi rue de Gergeaux, et là j’ai appris à me méfier des « soi-disant copains ».

* Il y a eu également la mobilisation de tous les élèves pour la chasse aux doryphores dans les champs de pommes de terre, un trésor essentiel pour la nourriture qu’il fallait préserver. J’ai toujours en tête le film “Les patates” avec Pierre Perret rappelant la période de l’occupation, film tourné dans les Ardennes. Ainsi qu’à l’automne le ramassage des marrons d’Inde destinés, paraît-il, à la fabrication de savon. En récompense nous recevions un portrait du Maréchal en carte postale.
* En 1943, Papa était nommé gérant de l’agence de la Banque de Suippes. En arrivant, nouvelle classe, nouveaux copains et dès les premiers jours, je prenais une bonne raclée pour me faire comprendre que j’avais intérêt à respecter les “Bobineux” dont les parents travaillaient aux Filatures Buirette-Gaulard. D’autres histoires m’attendaient du haut de mes 9 ans : découverte de la Résistance (certains copains avaient des grands frères dans la Résistance), le départ des allemands, la libération, les camps de Ricains.

J’ai pris des notes pour ne pas oublier, car après un double AVC, j’ai des trous dans la mémoire, les mots, le vocabulaire, ma tête ressemble à une meule de gruyère.
Michel Lesjean, 77 ans
Reims le 23 juillet 2011


Notes

[3La rue Berryer (Pierre Nicolas Berryer, avocat, 1783-1851) est la rue qui va de « l’usine à gaz » à la « maternité ». Elle a été bombardée le 10 mai 1940. “Une vague d’avions ennemis déverse pendant moins d’une heure une grande quantité de bombes incendiaires et explosives qui détruisirent en grande partie la rue Camille Margaine, la rue de Verrières, la rue des prés”. Baillon, page 161.

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