Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LA PAGE DU SOURIRE.

Quand les bonnes idées ne le sont pas pour tous

lundi 19 décembre 2011, par John Jussy, Luc Delemotte


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C’était en 1712. Louis XIV, durant les dernières années de son règne, menait en Flandre une guerre malheureuse [1], et le peuple souffrait de raids de brigands… “Pendant le siège du Quesnois par les ennemis [2], le comte de Gowenstein, major-général des troupes hollandaises se détacha de l’armée du prince Eugène, entra en France à la tête de deux ou trois mille cavaliers, tant dragons que hussards, passa entre Guise et La Capelle, et s’approcha de deux lieues de Reims.” (Buirette page 381)
Gowenstein, qu’une troupe française fut chargé d’intercepter, fonça en direction de la Champagne et de la Lorraine, arriva le 12 juin à La Neuville au Pont et campa le soir même à Chaudefontaine. Les dragons et les hussards s’enivrèrent dans le vignoble du village et “se livrèrent à toutes sortes d’excès, et se comportèrent envers le sexe comme dans une ville prise d’assaut”.
Le lendemain, la troupe de Gowenstein arriva sous les remparts de la ville, demanda à parler à un échevin et exigea que l’on ouvrît les portes de la cité. Gowenstein, devant le refus des habitants, voulut que la ville versât une contribution et que, en attendant le versement, deux otages lui soient donnés. La troupe arriva au faubourg Florion et fit halte dans le quartier du Milanais (alors à l’extérieur des remparts). La peur commençait à gagner les habitants… Une veuve nommée Marie M., ouvrière en linge, avait une fille âgée de dix sept à dix huit ans, et cette fille joignait la vertu à la beauté. La maman ayant appris la manière dont “les soldats de Gowenstein en avaient usé envers le sexe dans quelques villages”, craignit pour sa fille et eut une idée : elle revint de la cabane située au fond du jardin avec un vase empli… d’excréments humains.
- Jeannette, dit la maman pressée, tu vas te couvrir le visage d’excréments, et ainsi les soldats ne pourront t’approcher…
- Mais, répondit la belle enfant, peu empressée, les soldats ne sont toujours pas entrés dans la ville, et il sera toujours temps de…
Et heureusement la troupe passa sans entrer dans la ville, Gowenstein ayant appris que les troupes françaises qui le pourchassaient approchaient. Jeannette fut donc dispensée de “couvrir son joli minois d’un masque aussi dégoûtant”.
Mais voilà, toute la ville fut bientôt au courant des projets de la mère ; “chacun voulut voir la gentille Jeannette, la complimenter et admirer sa beauté”.
Les deux otages avaient réussi à s’échapper pendant que Gowenstein continuait des dévastations en Lorraine. Les guerres se succédaient, la France fut sauvée [3] et la ville n’entendit plus parler ni de Gowenstein ni de la contribution…
Jeannette, quant à elle, trouva un parti avantageux que sa modeste condition ne lui aurait pas permis d’espérer.

Source : “Buirette Histoire de la ville de Sainte-Ménehould”


Adaptation John Jussy



La tradition populaire a longtemps conservé cette histoire ; Buirette, historien de la ville l’a transcrite dans son livre à la page 408.

Notes

[1- La France est en guerre contre l’Angleterre, la Hollande et l’Empire. “C’est la guerre de succession d’Espagne”.

[2- Le 21 mai 1712, le prince Eugène arrive à Douai mais, dissuadé d’agir conte la France, se contente de ravager la Champagne avec 2000 cavaliers.

[3- 24 juillet 1712 : Villars va sauver la France avec la victoire de Denain.

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