Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Soldat Lepenant Louis-François

1894-1915

vendredi 16 décembre 2011, par Patrick Desingly


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Les exécutions de soldats français « fusillés pour l’exemple » sont des épisodes très douloureux de la grande guerre. La tragédie de la fin du soldat Lepenant s’est déroulée en 1915 à Moiremont. Le récit est poignant et pose des questions.

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Louis-François Lepenant est né le 21 juillet 1894 à Virey, dans la Manche. Il a tout juste vingt ans à la déclaration de guerre, le dimanche 2 août 1914. Il est ouvrier agricole à Marcilly, chez M. Lebocey. Le 11 septembre, il est appelé à rejoindre le 25è régiment d’infanterie à Cherbourg. Il reçoit une brève formation militaire et rejoint le front dans la région d’Arras le 22 octobre. Il est affecté à la 2è compagnie, 6è section.
A sa visite d’incorporation, on signale qu’il sait lire et écrire, mesure 1,63 m, mais on ne fait pas mention d’un accident dans son adolescence qui a perturbé son psychisme ; pris dans un orage, il est touché par la foudre et en garde des séquelles (émotivité, peur). Sa fragilité, en toute conscience, devait être un sujet de réforme. A noter qu’à cette époque, on réforme moins qu’en Allemagne…il manque 200 000 hommes du côté français pour équilibrer les forces en présence.
Lorsque Louis-François Lepenant rejoint son régiment, ce dernier a déjà payé un lourd tribut à la guerre, en particulier à la bataille de Charleroi, le 22 août 1914 : 1740 tués, blessés ou disparus pour les trois régiments, le 25è, le 74è et le 129è d’infanterie.
Après une retraite de 250 km, il participe à la première bataille de la Marne du côté d’Epernay, entre le 13 et le 25 septembre, les allemands ont reculé, le front est stabilisé. Le régiment va rejoindre le 2 octobre la région d’Arras et y stationner jusqu’au 25 juillet 1915.

D’entrée, Louis-François fait connaissance avec la vie des tranchées et la dureté des affrontements. Il arrive en plein bataille de l’Artois. Jusqu’au 3 juillet 1915, il va vivre dans cet enfer sans démériter, bien au contraire, en alternant les relèves en première ligne avec leur lot d’attaques de jour et de nuit, de bombardements, de courtes périodes de repos, de décrassage, de travaux de consolidation des tranchées, de corvées. Pour lui, de plus en plus, les bombardements ressemblent à l’orage, les 77 allemands aux éclairs. Sa santé se détériore, il devient irritable. Le 2 juillet, il relève le 1er bataillon en première ligne. Le bombardement est intense, le labyrinthe devient un vrai volcan. Après 19 heures sans interruption, il craque. Vers 3 heures de l’après-midi, il quitte la tranchée avec ses deux bidons et sa musette. Il laisse son fusil et son barda en disant qu’il va chercher de l’eau, il ne réapparaîtra pas.
Il quitte donc la tranchée de première ligne et va vers l’arrière, à quelques kilomètres. Il erre quelques jours et s’embauche dans une ferme pour les battages en compagnie d’autres soldats, il se recherche, prend sans doute conscience de sa défaillance, en parle à d’autres, ses propos sont contradictoires. Il souhaite retrouver son régiment mais ne sait comment faire. Il avoue être déserteur, cela le libère en quelque sorte, il est dénoncé, la gendarmerie l’arrête le 3 octobre, soit 3 mois exactement après son abandon de poste. Il est raccompagné à son régiment où il doit être conduit en prison et jugé.
Entre temps, son régiment a fait mouvement, le 31 juillet, le 25è régiment d’infanterie a été retiré du front de l’Artois pour un long voyage en Champagne, c’est la préparation de la 2è bataille de la Marne.
C’est donc à Moiremont que se trouve son régiment lorsqu’il est jugé, le 9 décembre 1915. Son « procès » se déroule en présence du colonel Diberder et 3 juges, le capitaine Dubois du 47è régiment d’infanterie, Lejariel, lieutenant au 13è hussard et Riou du 13è hussard également. Pour sa défense, pas d’avocat, sinon un dénommé Leclerc, soldat brancardier à la 20è division d’infanterie.
Au cours de son interrogatoire, il reconnaît ses torts : « j’étais à moitié fou, j’avais peur ». A l’issue du jugement, il est condamné à l’unanimité des voix à la peine de mort pour abandon de poste, et l’état le condamne à 12 francs d’amende pour frais de procédure !!!
Le vendredi 10 décembre 1915, à 7 heures du matin, il est fusillé à Moiremont route de Chanvreulles. A noter que dans les archives on ne relate pas la présence d’un aumônier militaire pour l’accompagner. Aujourd’hui, Louis-François Lepenant repose pour l’éternité à la nécropole de Florent en Argonne sous le numéro 1758.
Au cours de cette grande guerre, 2400 poilus ont été condamnés à mort et 600 fusillés pour l’exemple et pour les trois quarts d’entre eux entre 1914 et 1915, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés.
A noter qu’à la fin de l’année 1915, les conseils de guerre spéciaux qui jugeaient rapidement, c’est le moins que l’on puisse dire, et sans recours possible, sont supprimés. Plusieurs affaires ont marqué les esprits, en particulier celle de Lucien Bersot pour avoir refusé de porter un pantalon troué, maculé de sang, récupéré sur un mort. Fusillé comme les caporaux de Souain et combien d’autres connus ou inconnus. Un fait certain, Jean-François Lepenant a été fusillé pour l’exemple, on ne lui a pas accordé de circonstances atténuantes malgré son handicap, un bel exemple pour la troupe, un sans grade déserteur, domestique de surcroît.

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3 Messages

  • Soldat Lepenant Louis-François 20 décembre 2012 15:15, par Achache

    Cet article entretient la perpétuelle confusion à propos des « fusillés pour l’exemple » !
    Ce soldat n’a pas été fusillé pour l’exemple mais pour désertion.
    Cent ans après les fait, il serait temps de faire de l’Histoire, avec un minimum de rigueur intellectuelle plutôt que de perpétuer et ressasser les amalgames sentimentaux.

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    • Soldat Lepenant Louis-François 17 février 2013 20:30, par alain

      Bonjour
      Achache à entièrement raison.Il ne faut pas faire l’amalgame entre fusillés pour l’exemple , et fusillés pour désertion et abandon de poste devant l’ennemi
      loi martiale oblige ! la punition est méritée !
      les faits sont parfaitement relatés et notés dans le JMO du 25 RI 26N600 002 a la date du 10 decembre PAGE 47
      cordialement
      le régiment reviendra en 1916 en argonne ,un autre fusillé sera mentionné dans le JMO de ce régiment
      cordialement
      alain

      Voir en ligne : http://http://www.memoiredeshommes....

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      • Soldat Lepenant Louis-François 28 octobre 2013 15:38

        Bonjour,
        Comme achache, j’éprouve un réelle lassitude de voir que tout fusillé passe pour avoir été exécuté « pour l’exemple ». C’est méconnaître la réalité : les meurtriers avérés, au casier judiciaire pesant,ont-ils été exécutés « pour l’exemple » ? Je songe à Lagrée,Margottin, et autres assassins, qui auraient fini sous la guillotine (certains avaient déjà été condamnés par les Assises). Le fait que Lépenant ait été domestique ne changeait sûrement rien à son affaire. Songez donc au Commandant Wolf, un des tout premiers fusillés de la guerre, songez aux divers Lieutenants fusillés. La formule laisse entendre qu’on n’avait rien à lui reprocher, mais qu’on avait envie de « faire un exemple ». Il faut lire aussi les dossiers de la Ligue des Droits de l’Homme, sollicitée par certaines familles pendant la guerre même, Ligue qui, au terme des enquêtes, a préféré renoncer à demander la réhabilitation, tant les fusillés étaient indéfendables.

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