Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Les Suisses

lundi 26 mars 2012, par Nicole Gérardot


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Les mots « bedeau », « sacristain », « chantre », « suisse » évoquent peut-être des souvenirs pour certains d’entre vous mais je pense que la plupart des enfants ignorent leur signification. Ces mots ont à peu près disparu de notre vocabulaire en même temps que leur emploi. C’est pourquoi je me suis décidée à aller « glaner » des souvenirs auprès d’anciens.
Mais avant, j’ai ouvert le Larousse pour en avoir la définition.
Bedeau : n. m. (mot germ) employé laïc d’une église, chargé de veiller au bon déroulement des offices, des cérémonies.
Chantre : n. m (latin cantor) celui qui chante aux offices religieux.
Sacristain : n.m employé chargé de l’entretien de l’église et des objets du culte. A savoir que ce nom a un féminin : sacristine.
Suisse : n.m employé d’église en uniforme qui ouvrait les cortèges, veillait au bon ordre des offices etc.
Le suisse est le personnage dont les gens se souviennent le plus. C’était un personnage sévère qui faisait peur aux enfants. Il portait un bel habit, un bicorne, il avait une canne et une hallebarde.
Les avis divergent sur le bicorne du suisse : cornes sur le côté ou l’une devant et l’autre derrière. Les photos semblent nous dire qu’il y avait deux façons de le porter. Le costume était noir ou de couleur mais avec des galons dorés. Il était plus ou moins luxueux. Qui le payait ?
Voilà comment Flaubert le décrit dans Mme Bovary :
« Le Suisse alors se tenait sur le seuil, au milieu du portail, plumet en tête, rapière au mollet, canne au poing, plus majestueux qu’un cardinal et reluisant comme un saint ciboire ».
Lu également dans « l’Almanach Champenois » à propos d’un cortège de mariage :
« Jusqu’au début du XXe siècle, le suisse en uniforme rouge, armé de sa hallebarde et tenant sa canne, se rend au domicile de la jeune femme. Le cortège se forme. En tête se placent le ou les musiciens. Le suisse arrive ensuite et précède la future mariée avec son père »………………
Pas étonnant que ce personnage avec son bel habit, sa hallebarde et sa canne impressionnait les enfants !
Avec sa canne, il marquait le pas. Un coup de canne, il fallait se lever ou s’asseoir.
- Il faisait la police.
- Il accompagnait les enfants de chœur qui quêtaient et à chaque coup de canne ceux-ci disaient tout bas :
-« Lâchez-les ! Lâchez-les ! »
- Ou encore : « Donne tes sous ! Donne tes sous ! »
Les offices étaient bien longs pour les enfants qui passaient le temps comme ils pouvaient.
Voilà d’ailleurs la mésaventure arrivée à un gamin, racontée par Henri et Jehanne Paulet-Gaumet dans le livre : « Autres contes champenois du Vignoble » :

Les mollets du suisse
Mais peu d’entre vous avez connu les « Suisses » : encore au début de 20ème siècle, ils avaient bicorne en tête, costume bleu de Garde de l’Ancien Régime, culotte à la française, bas blancs et canne de cérémonie en main.
Le Suisse (dans les grandes églises de ville, ils étaient parfois deux) précédait le clergé lors des messes dominicales et de cérémonies dont il était le « Maître » qui guidait les mouvements ; il maintenait aussi le bon ordre de l’assistance ; son port majestueux et ses yeux autoritaires imposaient généralement le respect.
…Pas toujours : à Rilly-la-Montagne, un gamin fit le pari de piquer un mollet du Suisse avec une épingle quand il passera dans l’allée de la nef, devant lui : « C’est du rembourré à la ouate ! » « T’oseras jamais ! » disent ses copains ; car tous craignent le sévère et colossal Monsieur Pincherel.
Au moment de la quête, le Suisse arrive, le garnement ne se « dégonfle » pas : il enfonce son épingle dans le mollet du Suisse ; oh ! Juste un tout petit peu : dans son esprit, vu le volume énorme du mollet, il y a bien 3 à 5 cm de factice.
Monsieur Pincherel, stoïque malgré l’agression de son anatomie, ne dit pas un mot, et, comme si cela fait partie du cérémonial, administre au gamin téméraire une magistrale paire de gifles qui retentit jusqu’en haut des voûtes : il n’y avait pas un poil de rembourrage !!!

 [1]Y avait-il toujours un suisse dans les églises ?
Il semble que non. C’est ce que m’ont répondu J. Muzyka de Valmy, Mme Collin de Passavant, Mme Drouet du Chemin, Mme Carré de Auve. Moi-même, je n’ai jamais entendu parler de suisse à Verrières.
Par contre, il y avait un suisse à Moiremont, M. Polisse ; à la Neuville au Pont, (voir la belle photo de J.Cl. Léger) ; à Villers, M.Salorgne ; à Sivry-Ante, M.Chevalier qui accompagnait l’abbé Francart, puis l’abbé Vunin-Burger. Celui-ci allait également à Le Chemin et à Braux -Sainte- Cohière. Il y en avait également un aux Islettes et bien sûr à Sainte-Ménehould. De nombreux Ménéhildiens se souviennent du dernier : M. Raspaille qui habitait rue Camille Margaine.







(Sur cette photo prise il y a 62 ans, les jeunes mariés d’alors
sont bien connus des Ménéhildiens puisqu’il s’agit M et Mme Michel Lebègue.)


Notes

[1Sur cette photo prise il y a 62 ans, les jeunes mariés d’alors sont bien connus des Ménéhildiens puisqu’il s’agit M et Mme Michel Lebègue.

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