Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Les matrones de Verrières

lundi 19 mars 2012, par Denis Marquet, John Jussy


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Les seniors ont connu l’époque où l’on accouchait à la maison avec l’aide d’une dame nommée alors sage-femme, puis la maternité de la rue Berryer, créée dans les années 50 et abandonnée depuis pas mal d’années. Aujourd’hui, les futures mamans argonnaises doivent se rendre dans les grandes villes pour mettre au monde leur enfant.
Autrefois, ces dames qui aidaient à l’accouchement se nommaient « matrones ». Mais d’où vient ce nom de matrone ?
Dans la Rome Antique, la matrone (matrona) est la mère de famille, dévouée et respectée, chargée du bon maintien de la maison et de l’éducation des enfants. Au Moyen Age, la matrone est une femme d’âge mûr qui aide aux accouchements. Elle s’habille en vert, doit avoir plus de 40 ans, doit être brune et avoir les cheveux coupés (pour cette dernière obligation on comprend pourquoi). La matrone porte des gants, non pas pour l’hygiène, mais parce que le sang de la mère qui accouche est alors considéré comme impur… La formation des matrones dure 2 ans.
Sous l’ancien régime, les matrones sont des femmes mariées du village ; voici des précisions sur celles de Verrières :


Les sages-femmes, sous l’ancien régime, sont des femmes mariées du village, instruites de la pratique par leurs aînées. Elles sont choisies par les femmes du lieu qui ont apprécié leurs compétences. Leur nomination a lieu lors d’une prestation de serment à l’église. A la lecture des actes de baptêmes de Verrières, on observe que beaucoup d’accouchements ont une issue fatale pour l’enfant et bien souvent pour la jeune maman.
En 1679, la matrone de Verrières est Marie Freminet. Par la suite, on trouve en 1694 Claudine Geraudel, femme de Jean Perignon, manouvrier. Elle exerce pendant une longue période particulièrement difficile où sévissent des famines et des épidémies. Elle meurt le 28 décembre 1709 à 67 ans. Par la suite, le nom de la matrone n’est pas mentionné dans les actes par le curé.
Le dimanche 16 septembre 1736, à l’issue de la messe, a lieu le prestation de serment de Margueritte Lorin, femme de Louis Verrière. Elle exerce les fonctions de sage-femme depuis plusieurs années. Elle a été élue à l’unanimité par les femmes de la paroisse qui ont entièrement confiance en elle. Le curé, Nicolas Brizevin, reçoit son serment. Elle promet, « la main sur le livre des Evangiles, à genoux sur le degré du chœur, en présence de tous les habitants consentants, de s’acquitter fidèlement des devoirs de sa charge »… en cas de péril éminent, « de ne rien entreprendre que de l’avis des médecins, chirurgiens »… « de n’user d’aucun moyen illicite et de ne baptiser aucun enfant dans les maisons particulières qu’en cas de nécessité [1] ».

On pourrait croire cette fonction d’un autre temps… Et pourtant, Internet (taper simplement le mot « matrone ») nous apprend qu’aujourd’hui, des matrones sont formées au Niger, pays où la mortalité infantile est toujours importante. Ces matrones jouissent de la confiance de la population et notamment des femmes ; elles n’ont reçu, la plupart du temps, aucune formation. Aussi des séances de formation, souvent avec l’aide d’œuvres, de villes ou de pays, sont organisées ; on apprend que deux séances de deux semaines ont été organisées à Dogon Doutchi et qu’à l’issue de ces formations, chaque matrone a reçu une trousse. En 2008, 12 matrones ont été formées dans la ville de Bankassi, 20 en 2009-2010 et 16 en 2011.
Pour terminer, ajoutons qu’aux Etats-Unis, la matrone est une… gardienne de prison…


Notes

[1En effet, les personnes peuvent donner le baptême : »Tout chrétien doit bien savoir la manière de donner le baptême puisqu’il peut être appelé à remplir ce devoir«  ; le baptême administré en cas de nécessité hors de l’église est appelé »baptême privé« , celui donné à l’église se nomme »baptême solennel« . Catéchisme de G. Audollent et E. Duplessy, 1931.

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